#98 - Mai 2021

Vive la Biodiversité !

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La Biodiversité à l'honneur ! 

Le 22 mai, c'est la Journée Internationale de la Biodiversité ! L'occasion pour nous, citadins, de (re)découvrir la richesse de la vie sauvage, discrète et présente jusqu’aux cœurs des cités. Les maîtres mots en mai : observations et actions !  

 

En vidéo ce mois-ci, le jardin partagé de la Baleine Verte, niché entre les immeubles du 12e arrondissement.

🎥 Vidéo réalisée par Philmotion

Voir toutes les vidéos des Acteurs du Paris durable 👉 ici

EXPERT DU MOIS

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Frédéric MALHER
Conseiller territorial de la LPO-IdF
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Quel est le dernier état des lieux sur les populations d'oiseaux à Paris et en Île-de-France ?

 

Le point le plus récent de la situation de l’avifaune a été réalisé à l’occasion de la publication de l’Atlas des Oiseaux Nicheurs du Grand Paris, paru en 2020 (1). Le travail de terrain a été effectué de 2015 à 2018. Pour l’ensemble de l’Île-de-France, il faut remonter à l’Atlas des Oiseaux Nicheurs d’Île-de-France, paru en 2017 (2) avec des données de terrain récoltées de 2009 à 2013.

Les atlas sont le résultat d'une forme de participation citoyenne, ce ne sont que des bénévoles qui font le travail, mais spécialisés car il faut être capable de reconnaitre à la vue et à l'oreille plus d'une centaine d'espèces d'oiseaux.

Le fait marquant est sans doute le nombre et la variété des espèces d’oiseaux qui ont niché, se sont reproduits, dans des zones plutôt réputées pour être urbanisées : 167 espèces pour l’Île-de-France, 110 pour le Grand Paris, 59 pour Paris intra-muros.

En termes d’observations spectaculaires, on peut citer le héron cendré qui s’est reproduit pour la première fois dans Paris intra-muros (parc des Buttes-Chaumont) en 2020 (3) et ensuite 2 couples en 2021, au même endroit. Parmi les surprises de la migration, un phalarope à bec large, petit échassier de la toundra qui hiverne au large des côtes atlantiques, a fait une pose d’une dizaine de jours (4).

 

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Comment sont effectués ces états des lieux ?

 

Il s’agit en général de prospecter des mailles de 10 km2 (pour l’Île-de-France) ou de 1km2 (pour Paris). On y relève les preuves de nidification du plus grand nombre d’espèces possible. La reproduction éventuelle est détectée soit par l’observation directe des nids (quand il s’agit de colonies) soit par des comportements caractéristiques des oiseaux (transport de proies par exemple).
Les effectifs sont soit estimés « à dire d’expert » (pour les espèces assez nombreuses, spécialement en Île-de-France), soit comptés individuellement sur le terrain. D’autres méthodes plus précises sont utilisées pour la réalisation de l’Atlas des Oiseaux de France qui a démarré cette année.

 

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Quelles sont les évolutions des populations d’oiseaux ?

 

Les oiseaux les plus en danger sont les oiseaux des milieux de grandes cultures (alouette des champs, bergeronnette printanière, bruant proyer...) ou des friches, milieux plus proches des villes (serin cini, linotte mélodieuse, tarier pâtre…).

Les oiseaux forestiers sont à peu près stables (sauf exception comme le pic épeichette ou le gobemouche gris) et ceux des milieux humides se portent plutôt bien (sauf exceptions… comme la bécassine des marais, par exemple).

Les oiseaux du milieu bâti subissent souvent une chute sévère à cause de la perte de site de nidification (moineau domestique, martinet noir…) mais surtout de la disparition des sources de nourriture (friches pour le moineau, insectes pour le martinet et l’hirondelle de fenêtre).

 

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Y a-t-il des domaines pour lesquels la tendance s’inverse ?

 

En plus des milieux évoqués précédemment, une bonne nouvelle est venue des oiseaux des parcs et jardins parisiens (il s’est peut-être passé la même chose dans d’autres villes mais nous n’avons pas de données pour le prouver).

La reconduction 10 ans après le premier Atlas (2005-2008 puis 2015-2018) du même protocole pour les oiseaux de Paris intra-muros (5) a permis de montrer que 16 espèces avaient vu leurs effectifs augmenter, parfois de manière spectaculaire (le rougegorge a plus que doublé ses effectifs en 10 ans !) (6). Cela concerne essentiellement des espèces communes (fauvette à tête noire, pinson des arbres, mésanges charbonnière et bleue, etc.). Cela n’a pas empêché quelques autres espèces des mêmes milieux de connaître un sort funeste (pic épeichette, gobe-mouche gris, sittelle torchepot).

Il est raisonnable de proposer comme explication principale l’application de la politique de zéro-phyto et de gestion différenciée depuis 2009 (2015 pour les cimetières) dans tous les espaces verts municipaux, politique reprise par la plupart des propriétaires de grands espaces verts (Jardin du Luxembourg, des Tuileries, etc.).

Dans une période de nouvelles tellement pessimistes, il est important de montrer qu’il existe des solutions efficaces qui n’attendent que la volonté d’être appliquées !

 

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Quelles solutions sont mises en place pour améliorer cette biodiversité ?

Le moineau domestique, qui a perdu ¾ de ses effectifs parisiens en 15 ans est à la croisée de plusieurs problèmes que rencontre la biodiversité en ville : la rénovation des bâtiments risque de lui faire perdre des sites de nidification, la disparition des friches industrielles et des zones de végétation le prive gravement de ses sources de nourriture (petites graines toute l’année et insectes pour l’élevage des jeunes) et, lors de travaux de densification du bâti, des buissons, qui lui servent d’abris disparaissent, ainsi que des espaces de terre nue qu’il apprécie pour prendre des « bains de poussière » qui le débarrassent de ses parasites. Donc si on le tire d'affaire, on risque d'avoir aidé de nombreuses autres espèces (on parle d'une « espèce-parapluie »).

L’opération « quartiers-moineaux » en préparation avec la Ville de Paris vise à permettre au moineau sur de petites zones expérimentales de trouver les meilleures conditions pour s’installer et aux Parisiens d’agir pour fournir les meilleures conditions d’accueil pour le moineau : installer des nichoirs, faire des plantations et des aménagements (zones de végétation spontanée, zones fleuries, zones sableuses, points d'eau...) dans des espaces verts, sur la voirie ou sur des bâtiments municipaux. Mais aussi de mobiliser les conseils de quartier, de sensibiliser les habitants, les bailleurs sociaux, les gestionnaires de bâtiments et d'espaces, peut-être même les enfants des écoles...

Le gros enjeu à venir est la gestion de l’isolation thermique des immeubles qui doit se faire en maintenant les possibilités de nidification des oiseux et autres espèces (insectes, chauves-souris…)

 

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Quelles différences entre les villes et la campagne pour les moineaux ?

 

La campagne francilienne malheureusement tend à fournir aussi de mauvaises conditions de vie au moineau car l’agriculture intensive produit la disparition des insectes et des plantes compagnes des cultures (messicoles), ce qui est à l’origine du déclin du moineau aussi dans les zones rurales, même s’il est un peu moins important. Il retrouve dans ces zones, le sort d’autres consommateurs de petites graines (bruant jaune, alouette des champs, serin cini…)

 

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Un conseil aux Parisiens qui souhaitent mettre en place des solutions pour aider les oiseaux à Paris ?

 

Tout d’abord éviter les gestes qui font plus de mal que de bien à la biodiversité : il faut arrêter des donner du pain aux canards et mouettes dans les parcs, le long des canaux et de la Seine, et de nourrir massivement les pigeons (quelques graines pour faire plaisir aux enfants, ce n’est pas bien grave…).

Si on a un balcon avec un peu de végétation, un nichoir peut attirer une mésange. Pour les moineaux il faut en disposer plusieurs à proximité, c’est une espèce qui ne supporte pas d’être seule... Mais il faut penser que des moineaux n’utiliseront des nichoirs que s’ils trouvent à manger à proximité (végétation spontanée) ainsi que des buissons.

Si on a le privilège d’avoir un jardin, laissez de la végétation spontanée, faites pousser un lierre grimpant qui produira des fleurs mellifères et des fruits en début de printemps (le lierre au sol en revanche n’en produit pas). Dans une copropriété, vous pouvez intervenir en ce sens auprès de votre conseil syndical (et surveiller les projets de travaux de rénovation…).

Et vous pouvez vous inscrire auprès du groupe moineaux de la LPO-IdF pour suivre une colonie, ce qui nous permet de mieux préciser les conditions nécessaires à son maintien à Paris ( enquetemoineaux@lpo-idf.fr )

 

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Bibliographie...
  1. Atlas des Oiseaux Nicheurs du Grand Paris (Malher et al. 2020) édition LPO-IdF
  2. Atlas des Oiseaux Nicheurs d’Île de France (Malhe et al. 2017) édition Corif
  3. Première nidification du Héron cendré dans Paris intra-muros (Malher F. 2020) Le Passer 53 (69-72) https://www.lpo-idf.fr/site/_fichiers/pages/article_heron_2020.pdf
  4. Séjour exceptionnel d’un Phalarope à bec large dans un parc parisien en octobre 2020 (Malher F. et Y.Massin 2020) Le Passer 53 (61-68) https://www.lpo-idf.fr/site/_fichiers/pages/article_phalarope_fin_2020.pdf
  5. Les oiseaux de Paris, un atlas urbain (Malher et al. 2010) Corif/Delachaux et Niestlé
  6. L’avifaune parisienne 10 ans après : réflexions sur son évolution ( Malher F. 2020), Le Passer 53 21-33. https://www.lpo-idf.fr/site/_fichiers/pages/3Atlas_comparaison3cor.pdf

 

Ils agissent
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