#100 - Eté 2021

☀️ Un été à Paris ☀️

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Un air de vacances... 🧘🏖

Paris prend ces quartiers d'été, il est temps de se sentir en vacances ! C'est le moment de ralentir et d'élargir ses centres d'intérêt. Profitons de l'été pour changer ses habitudes :  trouver un nouveau hobby, changer son heure de réveil, prendre soin de soi, découvrir de nouveaux lieux près de chez soi...

Et si vous vous éloignez de chez vous, jeter un coup d'œil sur la fiche pratique "Préférer un tourisme durable" !

Peut on se sentir en vacances dans sa ville ? C'est la question que nous avons posé à Jean Didier Urbain, anthropologue et expert du tourisme et des vacances !

 

En vidéo ce mois-ci, rencontre avec Laurent Guignon créateur de Ecolo Tour Paris 🚶‍♀️🚶‍♂️🌳

🎥 Vidéo réalisée par Philmotion

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EXPERT.E.S DU MOIS

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Jean Didier Urbain
Jean Didier Urbain : anthropologue et sémioticien
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Qu’est ce qui génère le sentiment d’être « en vacances » ?

 

Le sentiment d'être en vacances naît à partir du moment où l'on se sent soustrait, émancipé des contraintes quotidiennes, rituelles ou exceptionnelles que m'imposent le rythme social, qu'il s'agisse d'obligations professionnelles, religieuses ou familiales, par exemple.

Ce sentiment est ainsi lié à l'appropriation d'un espace-temps vide (c'est l'origine même du mot vacance(s), du latin vacans, participe présent du verbe vacare, "être vide"), disponible pour soi et qui se définit en dehors des contraintes exogènes de la vie collective subie, non pas choisie.

Ce sentiment naît donc du plaisir d'être maître de son temps et de son espace. Maitre du jeu en quelque sorte, dans un temps libre qui se situe en marge de toutes les temporalités et spatialités ordonnées par une autorité extérieure à la mienne.

 

2
Est-il possible de se penser « en vacances » dans sa propre ville ?

 

Oui, bien sûr. Il suffit précisément de se mettre en position de liberté, donc d'autonomie, par rapport à ces règles imposées par l'ordre de la ville. Faire comme si cet ordre n'était plus le nôtre et regarder ces règles elles-mêmes en étranger, comme des curiosités indigènes, en faisant comme si on n'était pas de ce monde. L'exotique est ainsi au coin de la rue et le dépaysement commence. Au fond, c'est d'un exercice de schizophrénie simulée, d'ethnographie ludique et maîtrisée qu'il s'agit.

3
Les vacances « chez soi », sont-elles les plus écologiques ?

 

Tout dépend de ce que l'on fait pendant ce voyage immobile. S'il s'agit de la pollution induite par la mobilité, il est clair que les vacances à domicile, relativement ou possiblement peu gourmandes en déplacements (sinon la marche et le vélo), du moins si le territoire de ce "locatourisme" ou de cette "staycation" est restreint, sont les moins polluantes.
Il est toutefois possible que cette immobilité de loisir soit compensée par des activités sédentaires non moins polluantes, quoiqu'on en dise, comme le bricolage ou des pratiques de consommation diverses augmentées en ces circonstances, lesquelles participent de la pollution globale. C'est une question d'équilibre et de répartition des activités au sein de votre propre espace-temps.

 

4
Quelle différence entre « loisirs » et « vacances » ?

 

Les vacances sont une des formes des loisirs, forme qui se différencie par sa durée, par la soustraction sociale déjà évoquée et qui s'accompagne souvent d'une mobilité (excursion, voyage, visite éloignée). Loisir vient du latin licere, "être permis", qui a aussi donné licence. Le loisir recouvre donc tout ce que la société consent comme temps libre au citoyen en marge de ses obligations sociales: le repos, le jeu, la sieste, la fête familiale ou amicale, le week-end, le spectacle, le tourisme, etc.).
Loisir est un terme générique et vacances (au sens de congé comme nous l'entendons aujourd'hui) est un terme spécifique. Le pluriel de loisirs comprend ainsi les vacances comme loisir spécifique, à côté d'autres loisirs, plus ponctuels, plus inscrits dans le temps social contraint, dans des interstices plus courts comme la soirée, l'après-midi ou la suspension dominicale qui permettent les sorties au théâtre, au musée, à la piscine, au parc d'attraction, au cinéma, au restaurant ou en périphérie de la ville. 
Pour donner un "air de vacances" à nos loisirs interstitiels il faut les enrichir de pratiques qui d'ordinaire ne sont pas de cet ordre intérieur : la randonnée, l'escalade, le pique-nique ou le périple touristique sont ainsi des activités généralement liées au voyage et à la mobilité d'agrément extérieur réintroduites à l'intérieur, dans l'espace urbain.

5
Un conseil aux Parisiens qui seront dans la capitale cet été pour profiter de ce temps comme de « vraies » vacances ?

 

Ce qui vient d'être dit répond déjà en partie à la question. Mais il existe d'excellents guides, y compris à l'échelle de l'arrondissement ou consacrés aux banlieues qui transforment ces territoires en véritable "terra incognita", y compris et surtout peut-être, pour ceux qui les habitent en permanence mais dont l'usure de la vie (ou de la vue) quotidienne a effacé l'exotisme ou le pittoresque.

C'est la vision modifiée des choses, des lieux, des gens qui transforme la banalité en curiosité et redonne du sens à une réalité dont on ne perçoit plus l'originalité, trop accoutumés que nous sommes à sa présence pour la regarder encore.

 

Pour aller plus loin...
. L'idiot du voyage. Histoires de touristes
. Secrets de voyage. Menteurs, Imposteurs et autres voyageurs invisibles
. Ethnologue, mais pas trop. Ethnologie de proximité, voyages secrets et autres expéditions minuscules
. L'Envie du Monde, Editions Bréal, 2e édition, 2018.

 

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