Mars

Les Low-Tech Solutions

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Ce mois-ci, les Acteurs du Paris durable vont à la rencontre de la basse technologie : les Low-Tech !

 

Qu'est ce que les Low-Tech...  Des techniques ancestrales ? Des objets qui demandent peu d'énergie pour se mettre en oeuvre et pour fonctionner ? Des outils que l'on peut faire soi-même à moindre coût ?  Chacun aura sa définition mais ce qui est sûr c'est que ces technologies souvent faciles à mettre en œuvre, respectueuses de l'environnement et non énergivores sont sans doute une des solutions possibles pour la transition énergétique.

Pour illustrer cette thématique et mettre les Low-Tech à l'honneur, les Acteurs du Paris durable organisent  un mini Festival (s)LowTech 🛠 les 27, 28 et 29 mars. Alors, curieux, amateurs ou professionnels des (s)Low-Tech, nous vous proposons d'échanger durant tout un week-end sur le sujet avec des démontrations, des manips, des conférences, des ateliers… et plein de choses à voir !

Et pour information et réflexion sachez que l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (ADEME) vient de lancer un Appel à Manifestation d’Intérêt consacré à la démarche low-tech

 

 

En vidéo ce mois-ci, les Gandousiers qui nous présente leur système simplissime et ultra pratique de toilettes sèches !

 

 

Stanislas Cambonie nous accueille dans son atelier pour nous présenter son parcours, ses collaborations et ses projets.

Vidéo réalisée par Philmotion (http://www.philmotion.com/)

 

Parole d’expert

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Arthur KELLER
Auteur, conférencier et consultant spécialiste des vulnérabilités des sociétés industrielles et des stratégies de résilience.
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Comment pourraient se définir les low-tech ?

Tout d’abord les low-tech ne sont pas des technologies : c’est une approche, une méthode, une vision, une philosophie. C’est presqu’une culture. Cela dépasse largement la question technologique stricte. C’est une démarche d’ensemble qui permet de se remettre en conformité avec les limites planétaires, c’est-à-dire de ne pas consommer davantage d’énergie, de matériaux et de ressources que ce que la Terre peut durablement fournir. Dans cette logique de diminution contrôlée des flux énergétique et matériels, il faut que les produits, leur fabrication, leur utilisation et leur fin de vie incluses, soient les plus économiques possible en matières premières et en énergie, tout en utilisant préférentiellement des matières premières produites à distance raisonnable (pas à l’autre bout du monde) dans des conditions socio-écologiques acceptables. Le fait que nous dépendions à l’heure actuelle des terres rares chinoises pour presque toute notre électronique, c’est un problème. Il faut également prévoir dès la conception la facilité de recyclage et le démantèlement en fin de vie.

La démarche low-tech ne consiste pas seulement à se demander comment l’on produit ce qu’on produit. Elle implique de réinterroger ce qu’on produit, et donc de poser la question de la finalité de produire.

C’est une réflexion profonde et fondamentale sur la société, en filigrane. Nous devons réévaluer nos « besoins » face à une modération qui s’impose. Tel produit contribue-t-il à notre bien-être ou est-il totalement superflu voire néfaste ? Il faut à tout prix arrêter de consommer « bêtement ». Aujourd’hui, la consommation de masse tend globalement à nous zombifier, à nous muer en junkies.

Après les premières cogitations sur le quoi et le pour quoi, vient la question de la manière de fabriquer. Par exemple, un vélo est-il low-tech ? L’objet l’est plutôt, oui… mais sa fabrication est pour sa part ultra high-tech la plupart du temps. La réflexion doit donc englober toutes les étapes du cycle de vie d’un produit donné, jusqu’à inclure l’extraction des matières premières nécessaires et les réutilisations possibles post-utilisation.

Les low-tech contiennent l’idée que la surperformance n’est plus un but. Il s’agit d’aspirer à revenir aux fondamentaux, à se recentrer autour des fonctionnalités essentielles et à déperfectionner avec bon sens, à dégadgétiser l’innovation. Il ne s’agit en aucun cas d’une régression mais d’une amélioration qui consiste à identifier le meilleur positionnement de curseur entre la maximisation de la performance et du nombre d’options d’un côté et, de l’autre, la prise en compte des nouveaux critères que les cahiers des charges de l’innovation doivent intégrer à l’heure de l’atteinte des limites du système Terre… tout en maintenant une performance et une couverture fonctionnelle satisfaisantes.

Pour pouvoir affronter dignement les défis du XXIe siècle, la simplicité technologique est essentielle. Or les high-tech sur lesquelles les innovateurs ont tendance à miser, notamment les green-tech et les clean-tech censées permettre une « transition écologique », sont ultrasophistiquées et nécessitent des matériaux en voie de raréfaction, des alliages très spécifiques, des micro-composants électroniques par milliards qui ne seront jamais recyclables. On dérive de plus en plus loin de l’idée même de soutenabilité à mesure qu’on technologise le monde, et on ne fait qu’intensifier l’hyperindustrialisation extractiviste sur laquelle est bâtie cette civilisation. Il faudrait justement réapprendre la mesure et opter pour une certaine simplicité technologique, une longévité programmée de produits modulaires, interopérables, réutilisables, réemployables et facilement réparables – l’idéal selon moi étant que chacun puisse réparer les pannes simples répertoriées grâce à un manuel d’auto-réparation…

Avant de s’élancer dans une « innovation », l’on devrait s’interroger : diminue-t-elle la complexité du monde, ou est-ce une strate de complexité additionnelle génératrice de nouvelles interdépendances, de nouveaux flux, de nouvelles hyperspécialisations ? Le maintien d’une société complexe requiert beaucoup d’énergie et génère toujours davantage d’externalités négatives :  la propension humaine à complexifier entraîne une course en avant qu’on ne peut pas gagner. Les low-tech visent à décélérer tout cela intelligemment, en optimisant le système sous contraintes, afin d’éviter la spirale complexité-vulnérabilité-effondrements.

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Comment expliquer l’engouement actuel pour les low techs ?

Tout d’abord, j’ai le sentiment que c’est un engouement très limité : il ne concerne pour l’instant que peu de gens. Pour autant, il me semble qu’un nombre sans cesse croissant d’individus prennent conscience que des limites physiques critiques ont été atteintes – sur le plan écologique, concernant les ressources matérielles et énergétiques – mais aussi des limites humaines, sociales, sociétales… voire éthiques et philosophiques. Nous entrons à vive allure dans une crise multifactorielle, beaucoup ressentent qu’on est au bout d’une époque et qu’il faut faire un pas de côté pour ne pas se laisser anéantir par cette course folle imposée par notre modèle de civilisation. Les low-tech touchent à tout ça indirectement, ils sont un bon pied-de-biche pour ouvrir grand la porte d’un changement culturel et sociétal radical.

Notre modèle de société actuel nous rend toxicodépendants et pousse toujours plus de monde à la déprime et au ras-le-bol, pris entre la maltraitance du burnout et l’accablement du brown-out. Un peu de recul sur les décennies passées nous enseigne clairement qu’au-delà de quelques contre-exemples habilement choisis (dans le domaine médical notamment), le monde high-tech ne produit pas réellement du souhaitable, et rend au contraire citoyens et sociétés tributaires de technologies qu’ils ne maîtrisent pas et d’approvisionnements qu’ils ne contrôlent pas.

Les hautes technologies nous vulnérabilisent alors que les low-tech, à l’inverse, contribuent à nous rendre plus résilients. C’est tout simplement la résurgence du bon sens.

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Qui est pour, qui est contre ?

Il y a forcément des résistances de principe dans un monde imbibé des dogmes productivistes dominants et culturellement programmé pour éprouver de la fascination puérile devant les nouveautés tendance et les surenchères technologiques.

 

Malgré tout, un nombre non négligeable d’individus comprennent aujourd’hui les valeurs ajoutées des low-tech, y voient le potentiel et la nécessité, et peuvent même y déceler des opportunités de régénération des liens humains et du monde naturel. Certains réinventeront de bout en bout leurs modèles quand d’autres ne voudront pas, ne pourront pas ou ne sauront pas se transformer. Et il y a (et aura) des opposants, oui. Car quand on cherche à impulser un changement, en l’occurrence de nature culturelle, on projette un nouvel imaginaire de l’avenir ; et nombre de personnes s’imaginent spontanément perdantes dans cette alternative. Chaque tentative de changement collectif doit donc tenter d’anticiper qui seront les perdants ainsi que ceux qui s’imagineront a priori perdants, et doit proposer quelque chose à ces gens-là pour qu’ils s’y retrouvent. La stratégie doit être subtile et se méfier des angles morts…

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Innovation et low-tech, des notions antinomiques ?

L’innovation et les low-tech ne sont en aucun cas contradictoires ! En effet, il est compliqué de faire simple, complexe de décomplexifier. Aujourd’hui, la technologie s’accompagne de vulnérabilités vis-à-vis de risques logistiques, de pannes, de cyberattaques… car l’optimisation est à l’antipode de la résilience. Nous avons rapidement besoin de cette décomplexification, aussi bien pour pouvoir mieux faire face collectivement que pour notre bienêtre psychologique. Il est nécessaire, et les low-tech permettent cela, d’émanciper les gens au lieu de continuer sur la voix de l’hyperdépendance. Réussir le défi de l’ « innovation low-tech » implique de métamorphoser de fond en comble toutes nos logiques productives. Cela demande courage, intelligence et vision. C’est une logique intensive en recherche et développement, et pour cette raison ce n’est pas une démarche particulièrement low-cost. Le low-tech exige une vaste somme d’intelligences, de recherches, d’expérimentations, de créativités permettant d’imaginer et de tester de nouvelles manières d’être et de consommer… C'est de l'innovation dans le plus noble sens du terme !

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Les low-tech en ville à Paris ?

Nombre de gens, lorsqu’ils pensent « low-tech », visualisent machinalement des montages qui relèvent du « bricolage » (cuiseur solaire, mixeur à pédales…). Si cela peut dans certains cas être adapté, les low-tech ne se limitent pas à ça ! Ce n’est pas une démarche technophobe mais technocritique, qui pose la question du juste dosage technologique. D’une certaine manière, les low-tech sont souvent des « lower-tech », éventuellement même des « lowest-tech possible » visant à combiner avec ingéniosité les meilleures trouvailles d’hier et les meilleures connaissances d’aujourd’hui, en puisant ici et ailleurs, pour bousculer partout les modèles et façonner des lendemains vivables et viables.

Une fois qu’on a dit tout ça, on réalise que les low-tech ont toute leur place dans une ville moderne comme Paris, d’autant plus qu’ils peuvent agir en accélérateurs de cette transition vers la résilience qui est si vitale pour les territoires.

Ils sont un point d’entrée vers une inversion paradigmatique cruciale qui consiste à remettre la technique au service de la construction d’un équilibre harmonieux entre les hommes d’une part, entre les hommes et le reste du vivant d’autre part.

La démarche low-tech permettra de créer de nombreux emplois et activités non délocalisables, et de revitaliser les liens sociaux ; ce sera un activateur de démocraties parce que la démocratie ne s’implémente bien qu’à une échelle territoriale entre gens qui se côtoient ; ça favorisera la résilience collective en réduisant la dépendance à des flux logistiques exogènes ; ça facilitera l’instauration de politiques de gouvernance distribuée des Communs… Concrètement, c’est un cheminement qui libère, une fertilisation des modes de vie qui épanouit. Et cette effloraison désaliénante, bien qu’insuffisante pour changer la civilisation tout entière, sera plus saillant encore en ville qu’à la campagne étant donné que le contraste y sera plus saisissant.

 

Pour information, l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (ADEME) vient de lancer un Appel à Manifestation d’Intérêt (AMI) qui s’adresse aux porteurs de projets implantés en Ile-de-France et s’inscrivant dans une démarche low-tech.

https://appelsaprojets.ademe.fr/aap/IDFLOWTECH2020-52#resultats

 

« Ouvert, ascendant et promouvant des approches résolument systémiques de l’innovation, le présent AMI poursuit plusieurs objectifs dans une perspective d’autonomie, d’autosuffisance, d’adaptabilité, de transformabilité et de résilience territoriales. »

 

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