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Novembre 2019

Dramatique Plastique

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Présent dans notre quotidien depuis les années cinquante, le plastique s'est répandu dans tous les domaines de notre existence. Economique, pratique, résistant, il est aussi... présent jusque dans notre organisme.

On le retrouve dans l'industrie, la décoration, la beauté, la construction, l'ameublement, le textile, la vaisselle, l'électroménager... et surtout l'emballage. Le plastique révèle aujourd'hui ses secrets et sa capacité à se dissoudre dans notre environnement et ce, jusque dans nos corps, comme le bisphénol A, les phtalates, etc. Le plastique est partout et c'est une préoccupation puisqu'on le retrouve présent dans le sel de mer et que dans les lieux plus reculés des Pyrénées, il pleut des micro-plastiques... 

Certaines associations se sont donc impliquées dans ce combat pour diminuer son utilisation comme By paille mais aussi Bas les pailles. Centrées sur l'utilisation des pailles plastiques que l'on retrouve en grande quantité en mer et qui sont responsable des nombreux étouffements de la petite faune marine qui tente de les avaler, elle sensibilisent les cafetiers et les restaurateurs, comme le Café Ginger, pour les encourager à proposer des solutions alternatives aux clients. 

Pour aller plus loin, nous avons rencontré Johnny GASPERI et Bruno TASSIN , chercheurs au LEESU (Laboratoire Eau Environnement et Systèmes Urbains) pour un point sur l’état de la connaissance scientifique en matière de contamination plastique dans notre environnement et notre alimentation. 

Bye Paille

Rencontre avec l'équipe du projet "Bye Paille", porté par l'association "Low Carbon France"avec Amina BOURI et Anouk LUCAS, et petite visite du coté du Café Ginger où Edward CAREY nous reçoit en toute simplicité pour nous expliquer sa démarche.

Bye Paille est une campagne promouvant l'élimination de la paille jetable de notre quotidien, en commençant par les restaurants, bars et cafés et souhaite aussi sensibiliser les citoyen.ne.s à des thématiques plus larges, comme l’utilisation inutile de matières premières et la pollution plastique. Chaque année, en février, Bye Paille s'associe à l'Association Bas les Pailles pour organiser la journée sans paille.

#plastique #paille #pollution

Vidéo réalisée par Philmotion (http://www.philmotion.com/)

Chacune des journées "sans paille" s'est déroulée dans 30 pays différents et a rassemblé plus de 2000 personnes !

Parole d’expert

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Johnny GASPERI - Bruno TASSIN
Bruno Tassin est directeur de recherche à l’Ecole des ponts et chaussées, et Johnny Gasperi, Maître de conférences à l’université Paris AS Créteil. Ils travaillent dans le laboratoire Eau Environnement et Systèmes Urbains sur la pollution en ville et l’impact des déchets urbains sur les milieux dits « récepteurs ».
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Quelles sont vos missions au sein laboratoire Eau Environnement et Systèmes Urbains ?

En 2014, nous avons initié des travaux sur les plastiques et depuis 5 ans, nous sommes concentrés sur cette pollution en la regardant sur un continuum terre/mer : ce qui se passe dans la ville et ensuite, ce qui se passe au niveau de la Seine et le transfert de cette pollution jusqu’à l’estuaire. Le but de notre démarche scientifique est de comprendre au niveau des plastiques et des micro-plastiques quelle est leur origine, où est-ce qu’ils vont, quelles sont les quantités en jeu, à quelle vitesse cela transite, comment ça évolue et comment ils se fragmentent en petits morceaux. La finalité, c’est la lutte contre la pollution plastique et nous devons fournir les connaissances qui permettront d’endiguer ce phénomène pour orienter et hiérarchiser les actions.

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À quel type de débris plastique a-t-on à faire ?

Ici dans ce laboratoire, on s’intéresse aux gros déchets plastiques et aussi aux petits qu’on appelle les micro-plastiques. La limite entre ces 2 catégories d’objets est de 5 millimètres. Pour les micro-plastiques, il en existe  2 principaux types  : les fragments qui proviennent de la fragmentation des gros objets plastiques, et les fibres synthétiques (polyamide, polyester par exemple).

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Pouvez-vous décrire ce phénomène de pollution ?

Nous utilisons tous à peu près 50 kg de plastique par an. Lors de son utilisation, une partie va « fuir », c'est-à-dire qu’on va perdre volontairement ou involontairement du plastique mais seulement de l’ordre de quelques dizaines de grammes. La ville relargue différents types de déchets plastique : de grande taille comme les bouteilles, les emballages… qui migrent dans le fleuve et vont rester coincés quelque part et se fragmenter au cours du temps… Et de petite taille qui peuvent en plus migrer par voie atmosphérique. C’est ce qu’on appelle l’usure de la ville.

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La responsabilité en incombe-t-elle juste aux consommateurs ?

Une partie de ces rejets provient bien évidement des habitudes de consommation non appropriées des citoyens (suremballage, consommation de canettes ou de soda …. ). Mais il existe aussi une part non volontaire, insidieuse qui est difficile à contrôler. Il faut savoir, par exemple : que laver vos habits dans un lave-linge va émettre des fibres et là, vous ne pouvez pas faire grand-chose. Ce n’est pas parce que vous utilisez mal le lave-linge. Tout comme ce n’est pas parce que vous êtes mal assis sur votre siège que vous allez émettre aussi des fibres plastiques. Elles viennent du tissu du siège et de l’utilisation de ce siège, donc de sa fabrication. Voir aussi les marquages au sol, la peinture, le mobilier urbain… cela créé des particules. 
Il y a aussi tout un tas de dysfonctionnement dans nos filières. On sort sa poubelle, si elle est trop pleine, des bouts de plastiques peuvent en tomber. Le vent, les animaux sauvages, une mauvaise manipulation de l’éboueur… tout cela n’est pas forcement dû à des incivilités !

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Le public est-il conscient de cette pollution ?

Oui, les gens sont tout à fait sensibilisés à cette problématique et surtout sur les gros plastiques ! Dernièrement, les medias ont beaucoup communiqué sur le sujet avec des photos d’animaux assez choquantes. Il existe aujourd’hui une caisse de résonance dans la société civile qui est extraordinaire. En ce qui concerne les micro-plastiques, c’est différent. Ils sont partout et tout le monde n’en est pas vraiment conscient. Avant 2016 et 2017, années au cours desquelles nous avons publiés des résultats sur les micro-plastiques dans les atmosphères intérieures et extérieures – ce qui est une première mondiale - on n’avait pas idée de la présence des fibres plastiques dans ces milieux. C’est cette recherche qui a amené la communauté à réfléchir sur la présence de fibres plastiques dans les milieux reculés comme les Pyrénées. On a affaire à des particules qui sont de toutes petites tailles et qui peuvent aller très loin.

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Puisqu’on peut avaler ces micro-plastiques, les respirer ou les boire à notre insu, ne sont-elles pas dangereuses ?

Le plastique est partout, y compris dans notre assiette et a un impact diffèrent en fonction de sa taille. Pour les plus petits on ne sait pas encore trop ce qui se passe. En s’intéressant aux fibres plastiques, nous avons observé la présence d’autres fibres non plastiques, mais cellulosique (comme la rayonne) ou naturelles (coton, laine, etc.). Dans la mesure où ces fibres ont subi tout un ensemble de traitement chimique (par exemple coloration, blanchiment, etc.), nous nous interrogeons sur la dangerosité de toutes ces fibres. Pourquoi les fibres plastiques seraient plus dangereuses ? Il est difficile de tester en laboratoire les mêmes conditions qu’en milieu naturel. Les conditions en laboratoire se font avec des expositions beaucoup plus importantes, les résultats sont donc difficiles à extrapoler.

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Quelle conséquence a l’ingestion de ces particules sur la faune aquatique ?

Une collègue a travaillé sur cela dans notre laboratoire, sur une soixantaine de chevesnes prélevés dans la Seine. Elle a retrouvé des plastiques dans le tube digestif d’un poisson sur trois.
Des travaux se mettent en place sur l’écotoxicité des plastiques. Il est difficile de tester en laboratoire les mêmes conditions qu’en milieu naturel. Les conditions en laboratoire se font avec des expositions beaucoup plus importantes, les résultats sont donc difficiles à extrapoler.

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Quelles solutions a-t-on mis en place par rapport à cette contamination ?

Il faut savoir qu’il y a des initiatives de nettoyage qui montrent leur efficacité, sur la Seine par exemple, il y a des associations comme Naturaul’un composée de 4 personnes en insertion et qui ramasse près de 16 tonnes de plastique par an. Beaucoup d’opérations organisées sur la Seine vont dans le même sens comme La seine en partage, mais aussi les barrages flottants du SIAAP. À Marseille aussi, en liaison avec les épreuves de voiles des jeux olympiques de 2024, on met en place des opérations avec comme objectif « zéro flottant » et ça mobilise du monde. Et puis bien sur Boyan Slat ( fondation « TheOceanCleanup ») et son système de ramassage dans l’océan. Tout cela a des coûts très importants par rapport à ce que l’on va ramasser. Bien sûr, le mieux est de réduire leur production et consommation. A défaut, nous pensons qu’il vaut mieux les ramasser avant qu’ils n’arrivent en mer !

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Comment réduire cette quantité de plastique qui s’échappe du système ?

Il faut savoir que les fuites sont minimes par rapport à la masse de plastique consommée. C’est très peu et pourtant c’est déjà beaucoup trop !

Le système de collecte et de gestion est efficace en France ; ce n’est pas le cas dans d’autres pays... Si on veut vraiment diminuer ces fuites il n’y a qu’une solution, réduire la consommation de plastique. C’est aussi simple que ça. La solution ne sera pas d’améliorer nos filières, d’augmenter le volume de nos poubelles, d’augmenter les passages des éboueurs… Améliorer le recyclage ne va pas faire diminuer la quantité de plastique qui s’échappe. Les fuites sont indépendantes des systèmes de recyclage en place.

La solution n’est pas non plus de remplacer le plastique par d’autres matériaux car cela suppose encore d’utiliser des ressources et de l’énergie en amont pour les produire. Sur ces 40 dernières années, on voit que ces emballages correspondent à des usages qui n’existaient pas et qui ne sont pas nécessaires à la vie humaine. Par exemple : si on regarde la consommation de boissons en bouteilles plastiques, cela correspond à une activité et un business pour les entreprises, à une demande qu’on a fait naitre chez les consommateurs mais absolument pas à un besoin vital.

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Que traduit ce « trop-plein » de plastique ?

Dans les 50 dernières années, on a augmenté la production de plastique d’un facteur 50 alors que la population mondiale n’a augmenté que d’un facteur de 2,6. La consommation de pétrole qui entre en jeu dans cette fabrication est entre 6 % et 8 % du pétrole mondial ce qui n’est pas négligeable. La production de plastiques dans le monde augmente de plus de 4 % par an. Il y a une complète hypertrophie du monde du plastique qui porte en elle toutes les conséquences que l’on voit aujourd’hui. Il faut inverser cela.

Nous ne sommes  pas  « anti plastique » car il a du sens dans ses utilisations si elles ne sont pas éphémères, comme sa présence dans le PVC des fenêtres qui va rester en place pendant 15 ans au moins. Le plastique a toute sa place mais avec un usage intelligent. Il faut réfléchir au système de consommation dans lequel nous vivons.

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Un conseil aux Parisiens ?

La question du plastique nous met directement face au fonctionnement de la société d’aujourd’hui qui est quand même extrêmement axé sur la consommation. Il nous semble important que chacun y réfléchisse. Mais plus qu’une responsabilité individuelle, il s’agit d’un problème systémique !

Il y a un problème avec le plastique et cela a été bien relayé dans les médias. On voit maintenant les gens ramasser le plastique sur les plages. Éviter le plastique éphémère, ne plus acheter les produits sur-emballés, utiliser son cabas pour les courses...

Ils agissent
Comme eux, nous pouvons tous être Acteurs du Paris durable par nos actions qu'elles soient modestes ou plus importantes !