Décembre 2020

Cadeaux Paris durable !

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La valeur du cadeau dépend de ce que l'on y met...  du temps, du cœur et peut-être pas de l'argent...  Donnons du sens à Noël et à nos cadeaux !  

En vidéo ce mois-ci, Le petit Local présenté par son créateur Pierre Birenbaum

Une  vidéo réalisée par Philmotion

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Parole d’expert·e·s

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Anne MONJARET / Samuel LEPASTIER
Anne MONJARET, Ethnologue, Directrice de recherche au CNRS, HDR, Présidente de la Société d'Ethnologie Française (SEF) et Directrice de publication de la revue Ethnologie française
Samuel LEPASTIER, Psychiatre et pédopsychiatre, Ancien professeur associé à l'université Paris Nanterre, Membre titulaire de la Société psychanalytique de Paris
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En cette période de Noël, vient le temps des cadeaux. Ont-ils évolué au cours du temps ?

Anne Monjaret : Il est clair que les cadeaux ont historiquement beaucoup évolué. À une certaine époque, il faut bien se rappeler que la plupart des enfants ne recevaient qu’une orange au moment de Noël !

Aujourd’hui, une des conséquences de l’avènement de notre société marchande et par là de consommation a été de créer un véritable engouement pour l’achat cadeaux qui sont des objets-marchandises.

Noël est devenu une occasion d’offrir et de recevoir une profusion de cadeaux qui était inenvisageable auparavant.

 

Samuel Lepastier : L’origine des cadeaux de Noël et de fin d’année remonte loin dans le temps, des pratiques semblables existaient depuis l’Antiquité. Le mot étrennes est inspiré du nom de la déesse romaine Strena fêtée le 1er janvier. Enfin, les Rois Mages ont apporté des cadeaux à l’enfant Jésus, dont la naissance, en l’absence de sources historiques, a été décrétée quelques siècles plus tard au jour du solstice d’hiver. Néanmoins, les cadeaux de Noël tels que nous les connaissons ont pris leur importance à partir du XIXe siècle.

Modestes à l’origine, il s’agissait de fruits et de friandises offerts à un moment où la nature est particulièrement dépouillée. Progressivement, les cadeaux se sont multipliés en nombre comme en valeur, non pas tant avec l’élévation du niveau de vie, que par la logique même de l’acte d’offrir. C’est une donnée anthropologique, observée dans plusieurs cultures. Celui qui reçoit un cadeau est tenu d’en faire un à son tour et son honneur impose qu’il soit d’une valeur supérieure au premier.

 

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À Noël, que se joue dans cette frénésie d’achat ?

A. M. : À mon avis, cette frénésie d’achat peut s’expliquer par deux facteurs.

Il y a tout d’abord une véritable incitation commerciale, nous encourageant très fortement à acheter des cadeaux. Mais il faut également ne pas oublier que Noël est une fête familiale, une fête pour les enfants (grands et petits, adultes et enfants) à l’occasion de laquelle nous nous devons d’offrir des cadeaux à chacun des membres de la famille.

Cette double incitation nous conduit donc à l’achat. Aujourd’hui, le Père Noël, personnage mythique, reste une figure importante de notre société de consommation et de surconsommation !

 

S. L. : Malgré la baisse des sentiments religieux, Noël reste une fête marquée par l’abondance, sans doute parce que sa célébration permet de combattre deux sources de tristesse : la mauvaise saison avec  le manque de lumière surtout, et le sentiment douloureux pour l’adulte d’avoir à constater qu’il avance dans le cycle de la vie et se rapproche de la mort. La fête est un moment retranché du quotidien où l’on essaie d’oublier ses limites.

Même pour les non-croyants, Noël porte l’espoir que le Soleil va reprendre sa course. Alors que l’être humain ne parcourt qu’une fois le cycle de la vie, la nature ne cesse de renaître, et nous voudrions être à son image. Les enfants sont fêtés car pour eux un nouveau cycle s’ouvre. Il est probable aussi que les parents leurs offrent des cadeaux pour se faire pardonner de ne pas toujours s’être conduits avec sagesse à l’égard de leur progéniture.

Dans la mesure où nous espérons tous être restés des enfants, nous offrons des cadeaux pour en recevoir en retour.

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Le cadeau est-il un don ? Quelle différence entre les 2 ?

A. M. : Je dirai que le cadeau intègre le don même si la spécificité du cadeau est qu’il s’insère et s’inscrit dans la logique d’une société marchande.
Le cadeau est ainsi porteur d’un paradoxe : il renvoie à la notion de don car il suppose un acte gratuit qui le sort de relation marchande, tout en étant une marchandise possédant un prix, une valeur qu’en général, nous connaissons, pouvons apprécier.
Il y a donc un peu d’hypocrisie autour du prix d’un cadeau car nous sommes généralement en capacité de décoder sa valeur marchande.

S. L. : En principe, le don est un échange économique sans contrepartie, motivé par l’empathie à l’égard du plus démuni. La réalité est un peu plus complexe car selon le principe de comptabilité bien connu : « Qui reçoit doit ». De ce fait, le donataire est toujours l’obligé du donateur et ce dernier attend au minimum par sa générosité de se donner l’image d’une belle personne ou même parfois d’apaiser des remords de conscience.
Certains se sentent coupables de leur bonheur devant les malheurs du monde, d’autres se reprochent un argent trop facilement gagné ou de préjudices portés à d’autres. Nobel est mieux connu aujourd’hui comme étant à l’origine des prix qui portent son nom que comme celui qui a inventé la dynamite. Le mécénat d’entreprise est aussi une forme de publicité. Le don doit être utile en comblant les manques : contribution financière, hébergement ou objets de première nécessité (nourriture, vêtements, outils, semences et bien culturels). Bien souvent, le don se limite à se débarrasser de vêtements et d’objets usagés pour laisser la place dans les placards à de nouveaux achats.
Contrairement au don qui a toujours une fonction utilitaire, le cadeau se veut être un objet qui sort de l’ordinaire, et qui n’aurait pas été spontanément acheté. Il est une exception, sinon une « folie » par rapport aux règles de bonne gestion. Même quand il s’agit d’un objet banal, « l’emballage cadeau » le transforme en bien de luxe.

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Pourquoi le cadeau est-il donné à des occasions très précises ?

A. M. : Chaque occasion d’offrir et de recevoir des cadeaux, tels que Noël, les anniversaires, etc… sont des moments associés à des rites. Et autour de ces rites, nous avons développé des codes collectifs que nous reproduisons à chacune de ces occasions.

Ces moments particuliers ont pour fonction sociale de souligner les liens entre individus ou groupes d’individus, et de jouer sur le message spécifique qui sera attribué aux cadeaux pour signifier à l’autre notre manière de penser notre relation.

 

S. L. : Le cadeau est donné pour commémorer un événement (anniversaires, fêtes civiles ou religieuses), ou oublier certains désagréments. On apporte des cadeaux aux malades, aux pensionnaires comme aux accouchées. Il s’agit de déposer un témoignage matériel d’un partage d’affection, d’amitié ou d’amour.

Le cadeau est aussi un signe de présence auprès de celui risquerait de se croire abandonné. En ce sens, le meilleur cadeau n’est pas nécessairement l’objet le plus dispendieux, il est celui qui porte en lui la plus grande part d’amour. Les anniversaires sont le plus souvent décevants. Dans l’enfance, ils sont attendus avec impatience pour constater le lendemain qu’il faut encore attendre pour devenir une grande personne.

A l’âge adulte, un an de plus, c’est aussi un an de moins sur le reste à vivre. Le cadeau d’anniversaire est une comme une douceur qui permettrait de faire passer une potion amère. C’est pourquoi ce sont à la fois les plus jeunes et les seniors qui attachent le plus près de prix à la célébration de leurs anniversaires et aux cadeaux qui les accompagnent.

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Le cadeau que l’on fait à l’autre nous fait-il du bien à nous ?

A. M. : Comme je le disais, le cadeau est l’expression de nos relations avec autrui. Il est facteur et vecteur de lien social.

Marcel Mauss a mis en évidence deux notions fondamentales : selon lui, le don implique forcément en retour à un contre-don :  si on offre un cadeau, on en recevra un simultanément ou de façon différée selon les circonstances, la fête. Et ce phénomène participe à créer un lien et à le maintenir.

De plus, le cadeau nous fait du bien car lorsque l’on prend du temps pour choisir un, notre choix se fait en pensant aux goûts d’autrui mais aussi en pensant à soi et à ce qui nous plairait.

 

S. L. : Comme chacun sait, la façon de donner vaut mieux que ce que l’on donne. Le cadeau réussi est celui qui porte en lui le témoignage de l’amour ou de l’amitié pour la personne à qui il est destiné. Dans ce cas, nos capacités d’identification à la personne aimée permettent de faire nôtre sa satisfaction. Inversement, il y est des cadeaux empoisonnés qui transmettent un message plus ambivalent. Certaines personnes, quand elles offrent par obligation, sont très contentes de constater combien elles ont gêné le récipiendaire.

De même, se montrer insatisfait d’un cadeau reçu (ou aujourd’hui de le revendre immédiatement sur Internet) est un moyen détourné d’exprimer son hostilité à l’égard de la personne qui l’a offert. Quand tout va bien, même si le cadeau ne correspond pas totalement à nos attentes, nous sommes toujours émus de constater l’attention dont nous avons été l’objet.

Idéalement, le cadeau est un objet unique : même si c’est objet banal, un paquet original ou simplement quelques mots écrits à la main lui donneront un prix qui dépasse sa valeur marchande.

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Et si les cadeaux étaient gratuits, le plaisir de donner ou de recevoir serait-il différent ?

A. M. : Le cadeau fait maison, fait par soi-même incarne l’idée du « vrai » cadeau, du cadeau gratuit.

Dans une société qui repense son rapport à la surconsommation, son usage pourrait se développer ou du moins nous obliger à reconsidérer les cadeaux sous la forme d’une marchandise, d’un objet neuf.

Le cadeau fait-main suppose que la personne l’offrant ait passé un certain temps à le concevoir, à le confectionner. Le temps passé à le faire est plus important que le temps passé à acheter un cadeau-marchandise. S’ajoute donc au plaisir d’offrir, la fierté de donner un objet fait soi-même. L’exemple typique est le cadeau confectionné par les enfants pour la fête des mères ou des pères !

 

S. L. : Le meilleur cadeau n’est pas toujours le plus cher, tant s’en faut. Ainsi, les parents reçoivent des années durant des cadeaux gratuits de leurs enfants : quand ils commencent à marcher, à parler, quand ils deviennent propres, se développent harmonieusement ou, devenus plus grandes quand ils réussissent dans leurs études.

De même, nous pouvons recevoir comme le plus beau des cadeaux, la maladresse de l’être aimé quand son trouble est un témoignage de sincérité. En ce qui concerne les enfants, chacun a pu observer qu’ils sont capables d’inventer des jeux d’une très grande richesse avec un papier et crayon seulement.

 

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Quels conseils aux Parisiens à Noël ?

A. M. : Plus qu’un conseil, c’est une dynamique, un phénomène relativement nouveau que je perçois.

Dans un esprit de revalorisation des objets recyclés, de récupération et de développement durable, je pense qu’il ne faut pas avoir honte d’aller dans des brocantes ou des vide-greniers afin d’acheter des cadeaux qui ont déjà été utilisés par d’autres.

Le cadeau des décennies à venir sera peut-être un cadeau d’occasion !

 

S. L. : Idéalement, le cadeau, comme je l’ai dit, est un objet unique destiné spécialement à la personne qui le reçoit. Sa valeur tient à ce qu’il représente : on peut faire un très beau cadeau en offrant un objet personnel acheté depuis longtemps, porteur d’une histoire et qui donc n’a rien coûté.

S’il n’est pas très recommandé généralement d’offrir de l’argent parce que cela signifie qu’on s’est pas donné la peine de chercher, cela peut être, par exception, très valorisant pour de grands enfants parce qu’alors on leur reconnaît une capacité à gérer eux-mêmes leur budget. Le cadeau idéal est à la fois celui auquel on n’avait jamais pensé auparavant et qui, lorsqu’on le reçoit, nous amène immédiatement à dire : « C’est exactement ce dont je rêvais, comment as-tu deviné ? »

Les enfants ont tendance à malmener leurs jouets et, c’est toujours douloureux pour eux de les voir  cassés. Il faut donc préférer un jouet solide, même sobre, qu’un jouet plus complexe à la durée de vie plus brève (parfois moins de 24 heures).

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