Mars 2021

#96 - En mode durable !

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La mode durable 

L’industrie de la mode et du textile est la deuxième plus polluante de la planète et sur les 100 milliards de vêtements qui sont produits chaque année dans le monde, les ¾ finissent à la poubelle... Et si on se mettait en mode durable ? 

En mars, découvrez aussi les Acteurs engagés dans la réduction de l'impact d'une consommation textile effrénée...

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En vidéo ce mois-ci, Cécile-Jeanne GAYRARD nous présente la revue de mode HUMMADE partie prenante du collectif UAMEP, pour une mode durable.

🎥 Vidéo réalisée par Philmotion

Voir toutes les vidéos des Acteurs du Paris durable 👉 ici

EXPERTES DU MOIS

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Lucie CERESA & Clara MERDINOGLU
Cofondatrices de Matières Premières, un projet global qui allie un blog sur la mode durable et l’industrie du textile, lancé en 2018, et une marque de vêtements éthiques et écoresponsables, lancée en 2020, suite à une campagne de financement participatif.
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Quelle est la part des vêtements éco-conçus et durables dans l’achat de textile en France et dans le monde ?

 

Cette question était un des points centraux d’un de nos premiers articles, lorsque nous avons lancé le blog Matières Premières, en 2018.

En Janvier 2010, lors d’une conférence de presse sur le sujet, l’Institut Français de la Mode (IFM) avait estimé (pour le marché français seulement), une croissance lente mais progressive de la consommation de la mode responsable, pour atteindre 5% en 2015.

Plus récemment, l’IFM a mené au cours de l’année 2019 et conjointement avec l’organisme Première Vision, une étude sur le marché de la mode écoresponsable auprès de 5000 consommateurs en France, en Allemagne, en Italie et aux Etats-Unis.

Quelques informations clés qui en résultent : près de la moitié des consommateurs européens interrogés déclarent avoir acheté des produits écoresponsables, en 2019. En France, le budget annuel 2019 consacré à ces achats responsables (vêtements, sous-vêtements, chaussures) était de 370€ en moyenne (45.8% des consommateurs français interrogés). Aux Etats-Unis, ce budget s’élevait à 480€ en moyenne (55.3% des consommateurs américains interrogés).

D’après Gildas Lasbordes, directeur général de Première Vision : « Une partie des consommateurs consomment moins, mais mieux. Ils sont prêts à payer plus, et compensent en achetant moins de produits. »

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L’industrie de la mode et du textile est la deuxième plus polluante de la planète. Avez-vous plus de chiffres à nous donner ?

 

Ces chiffres proviennent du rapport « A new textiles economy : Redesigning fashion’s future », issu du programme Circular Fibres Economy mené par la Fondation Ellen Mac Arthur, en 2017.

En 2015, la production de textiles totalise 1,2 milliard de tonnes de CO2 émis, ce qui représente plus que les émissions combinées de la totalité des vols internationaux ET des transports maritimes de la même année !  20% de la pollution industrielle de l’eau sont dus uniquement aux opérations de teintures du textile et autres opérations d’ennoblissement textile. Si rien ne change, en 2050, l’industrie textile utilisera plus d’un quart du budget carbone mondial, pour une augmentation de la température globale de 2°C.

Le lavage ménager des vêtements rejette annuellement un 1/2 million de tonnes de micro-fibres plastiques dans les océans, ce qui représente l’équivalent de 50 milliards de bouteilles plastiques. Chaque seconde, l’équivalent d’un camion de déchets vestimentaires est brûlé ou tout simplement enfoui. On estime une perte financière annuelle de 500 milliards de dollars due à des vêtements jetés mais à peine portés et rarement recyclés.

Toujours selon la fondation, entre 2000 et 2015, les ventes mondiales de vêtements ont doublé alors que le nombre moyen annuel de ports d’un vêtement a baissé de 36%.

En France, 600 000 tonnes de nouveaux produits sont mises chaque année sur le marché des consommateurs français soit 2,6 milliards de produits mais seulement 290 000 sont collectées pour être ensuite recyclées ou revalorisées, soit 38% de ces produits.

La production d’un seul t-shirt demande environ 2700L d’eau, et celle d’un jean 10 000L. Actuellement, la production mondiale annuelle de jeans représente 20 km3 d’eau… soit l’équivalent du volume d’eau du lac de Côme, en Italie ! En moyenne, un vêtement parcourt l’équivalent d’une fois et demi le tour de la Terre, entre la culture de la matière première qui le compose et sa mise en rayon. La culture du coton, à elle seule, représente 25% des insecticides achetés dans le monde alors qu’elle ne représente que 3% de la surface agricole mondiale. Environ 30 traitements annuels, et par kg de coton, sont appliqués sur les cultures de la plante, sachant que le coton représente près de 40% des fibres de nos vêtements…

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De plus en plus de grandes marques au rayonnement international adoptent des pratiques « durables et écoresponsables ». Greenwashing ou véritable engagement politique ?

 

Sans fustiger de marques ou enseignes précises : tant que le modèle économique (basé sur la rentabilité extrême) de celles-ci n’est pas revu totalement, il ne peut pas y avoir de vrais changements et engagements.

Ces pratiques s’apparentent à une couche de vernis pour essayer de masquer la réalité. Mais c’est une stratégie purement marketing, essentiellement dictée par des motivations de profits.

Par définition, produire c’est consommer des ressources, comme l’eau et l’électricité. Produire c’est aussi émettre du CO2 et, parfois, malheureusement, c’est aussi utiliser des produits nocifs pour l’environnement et la santé des producteurs et des consommateurs.

Même une production de type circuit-court et locale n’est pas exempte de pollution, c’est tout simplement impossible.

Alors, imaginez les dégâts de productions réalisés à l’autre bout de la planète, qui plus est dans des pays où les conditions de travail sont très discutables et contestables. Nous avons tou.te.s en tête l’accident du Rana Plaza, en 2013, qui a fait 1200 victimes…

Nous citerons ici la prévisionniste des tendances Lidewij Edelkoort, autrice du « Manifeste Anti-Fashion » :

« Comment un produit qui nécessite d’être semé, cultivé, récolté, peigné, filé, tricoté, découpé, cousu, fini, imprimé, étiqueté, emballé et transporté peut-il coûter seulement quelques euros ? »

 

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Des scandales éclatent régulièrement à propos de la place des questions éthiques et de Droits de l’Homme dans la conception de nos vêtements. Pensez-vous que des changements peuvent un jour réellement advenir ?

 

Nous croyons vraiment au pouvoir d’action des consommateurs. Car c’est par eux qu’adviennent tous les changements.

En fait, c’est un effort qui doit être mené conjointement : l’essor de la mode écoresponsable dépend de la réaction et de l’action du consommateur. Il doit faire la moitié du chemin en se posant les bonnes questions et en utilisant ce qu’il a à disposition pour réapprendre à consommer mieux et devenir un consommACTEUR !

Sans l’appui et l’engagement des consommateurs, les marques, les associations, les industriels du textile… qui s’engagent pour une mode plus durable ne peuvent pas faire grand-chose.

Mais nous sommes réalistes aussi : tant que la demande principale sera d’avoir des prix toujours plus bas, les changements (qui devraient pourtant être évidents) n’auront pas lieu.

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Quelles sont les initiatives remarquables de ces dernières années concernant la mode d’un point de vue technique ou encore législatif ?

 

Pour la France, nous pouvons mentionner la toute récente loi relative à la lutte contre le gaspillage et à l’économie circulaire, entrée en vigueur en 2020.

Pour la filière TLC (Textile & habillement, Linge de maison et Chaussures) cela implique, entre autres de favoriser une nouvelle manière de produire, informer au mieux le consommateur, collecter les textiles usagés, interdire la destruction des invendus.

Et puis, impossible de ne pas parler de l’association Fashion Revolution, un des premiers vrais mouvements mondiaux, créé suite à l’effroyable accident du Rana Plaza en 2013.

Grâce à sa célèbre campagne « Who made my clothes ? », reconduite chaque année, elle invite les marques, revendeurs ou distributeurs à communiquer directement (sans obligatoirement des demandes de la part de consommateurs) sur leur chaîne de production et montrer toutes « les petites mains » qui y travaillent.

Elle encourage également les producteurs (agriculteurs, tisserands, confectionneurs, patroniers, couturiers…) à se faire connaître, à raconter leur histoire et leur métier.

L’objectif de ce travail conséquent est de « rapprocher » les consommateurs des producteurs qui façonnent leurs vêtements. C'est aussi de rendre accessible aux consommateurs la traçabilité des vêtements achetés.

En ressort l’Index Transparency que l’association publie chaque année qui classe les marques par rapport à la transparence et la « qualité » de leur chaîne de production, selon des critères bien précis.

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Des conseils pour les Parisien.ne.s pour s’habiller durable et écoresponsable ?

 

S’informer avant d’acheter ! Par exemple : en lisant les articles du blog Matières Premières et en se référant à notre annuaire de marques, que nous alimentons régulièrement.

Il existe de plus en plus de contenus sur le sujet et sur les marques. Ne serait-ce que sur les sites de marques : si elles n’ont rien à cacher, elles seront transparentes sur leur chaîne de fabrication.  

Trois actions simples, qui peuvent être mises en oeuvre par tou.te.s, à Paris comme en province : lire les étiquettes (pour les vêtements neufs) : elles sont les véritables cartes d’identité des vêtements en rayon, et de vraies mines d’informations. Bien prêter attention aux matières et à la provenance des produits (le fameux « made in… ») ; acheter en seconde-main en friperies et magasins solidaires, comme celles d’Emmaüs ; consommer moins mais mieux : investir dans la qualité plutôt que dans la quantité, apprendre à réparer ses vêtements, faire correspondre ses achats à ses besoins réels… Et puis, ne pas hésiter à trier, donner ou louer ses vêtements.

Enfin, un dernier message pour décomplexer les consommateurs et les marques : personne n’est parfait !

Le but est de, chacun à son niveau et par des petites ou grandes actions, réduire son impact. Et ce sont ces actions toutes additionnées qui feront bouger les choses : l’union fait la force, nous en sommes persuadées !

 

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Quelques réalisations

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Ils agissent
Comme eux, nous pouvons tous être Acteurs du Paris durable par nos actions qu'elles soient modestes ou plus importantes !