février 2021

#95 - Verdure, des trottoirs aux toitures !

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Essentiellement minérale, la ville favorise les ilots de chaleur, les pics lors des épisodes caniculaire, la réflexion des rayons solaires… Le végétal a la capacité de rafraichir ce milieu artificiel : il faut y recourir par tous les moyens et dans tous les lieux possibles  🌺

En février, on aborde la végétalisation en ville avec ses avantages et ses complexités !

Et  pour tous savoir sur le "permis de végétaliser" délivré par la Ville de Paris c'est >> ici.

 

En vidéo ce mois-ci, la végétalisation de la rue Coulmier dans le 14e arrondissement. 

 

🎥 Vidéo réalisée par Philmotion

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EXPERT DU MOIS

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Yann-Fanch VAULEON
Paysagiste, chef de projet à l’Atelier Parisien d’Urbanisme, il mène un travail prospectif sur des enjeux de nature en ville, d’évolution de l’espace public et d’agriculture urbaine.
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Quelles relations au fil de l'histoire parisienne entre jardin-végétation et ville-urbanisation ?

Paris, comme de nombreuses villes, s’est développée pour offrir un milieu confortable à ses habitants, en luttant contre les vents violents, le grand froid et les inondations par une minéralisation progressive et une composition favorisant les ilots de chaleur. Ce qui pouvait être parfait au 17e siècle a montré ses limites à mesure que la ville se densifiait et que les techniques évoluaient. Les potagers par exemple, initialement dans la ville, ont été repoussés par la densification urbaine pour former une ceinture maraichère hors de la ville, avant de disparaitre sous la pression de l’étalement urbain. Et plus la nature s’éloignait, plus le désir de Nature grandissait en ville. C’est pourquoi au 18e siècle les premières promenades plantées et les premiers jardins publics ont vu le jour.

Ce qui était alors créé pour le confort et le loisir fut ensuite déployé pour assainir les villes. Adolphe Alphand dira, en parlant des plantations d’arbres : « Elles sont indispensables pour renouveler l’air vicié d’une grande cité […]. Elles procurent l’ombre, si nécessaire au nombreux public qui circule sur les voies magistrales de Paris. Enfin, elles contribuent grandement à la décoration de la cité »[1]. On voit ici les échos que cela fait avec la situation actuelle. Nous sommes en permanence dans cette reformulation du difficile équilibre entre un désir de densité urbaine, qui amène avec lui une forte minéralité et son lot de problèmes de santé publique, et un désir d’une nature vertueuse, pour panser les maux de la ville. [2]

[1] Alphand A., 1867-1873, « Promenades de Paris. Histoire, description des embellissements, dépenses de création et d’entretien des bois de Boulogne et de Vincennes, Champs-Élysées, parcs, squares, boulevards, place plantées : étude sur l’art des jardins et arboretum », Paris, Rothschild. 
 
[2] https://www.apur.org/fr/nos-travaux/evolution-nature-paris-1730-nos-jou…

 

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Aujourd'hui, la végétalisation semble être une stratégie d'avenir pour les grandes villes, comment expliquer la chose ?

Aujourd’hui, on ne peut plus ignorer les questions de qualité de l’air, de préservation de la biodiversité, de maintien des sols vivants, de lutte contre les ilots de chaleur, de stockage du CO2 de désimperméabilisation, de préservation de la ressource en eau et de production alimentaire et de matières premières qui se posent à nous.

Un arbre adulte peut stocker jusqu'à 150 kilos de CO2 par an et héberge en moyenne 400 espèces d'insectes.

Le renforcement de la végétalisation en ville est un élément de réponse sobre et durable à l’ensemble de ces questions. Ces services écosystémiques (préservation de la biodiversité, stockage de CO2…) sont aujourd’hui bien connus et de mieux en mieux documentés[1]. On sait par exemple qu’un arbre adulte peut stocker jusqu'à 150 kilos de CO2 par an et qu’il héberge en moyenne 400 espèces d'insectes.

Évidemment, la qualité des services rendus par la nature dépend du soin qu’on aura porté à sa mise en œuvre (un bon sol, un bon emplacement…) et de la qualité de son entretien au cours de sa vie[2].

[1] Bourdeau-Lepage L, 2019, De l’intérêt pour la nature en ville : Cadre de vie, santé et aménagement urbain. Revue d’Économie Régionale & Urbaine [en ligne] 
[2] https://www.ecologie.gouv.fr/levaluation-francaise-des-ecosystemes-et-des-services-ecosystemiques
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Des exemples en France ou à l'étranger ?

Les exemples ne manquent pas, comme le montre le prix « Capitale Française de la biodiversité » lancé en 2010 par l’ARB[1]. Il est très difficile ici de n’en citer que quelques uns. Rennes est souvent source d’inspiration, notamment pour la prise en compte de la nature dans ses documents d’urbanisme ; Lyon, pour la reconquête de ses berges ; Lille, Strasbourg et Rennes encore pour les processus de végétalisation participatifs qu’ils ont développés… Plus loin de nous, il y a aussi les « ruelles vertes » à Montréal, qui est également une ville de référence en termes d’agriculture urbaine.

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Quelles contraintes techniques imposent la cohabitation du minéral et du vivant

La ville est un milieu très agressif pour la flore et la faune. Cela est dû à la faible qualité des sols, au manque d’eau, à la pollution… Mais ce sont principalement nos comportements qui sont en cause (piétinement, vandalisme, décisions prises sans considération pour le végétal…). C’est pourquoi on peut voir des arbres abattus pour installer un échafaudage. Il existe aussi des freins culturels, qui nous empêchent de laisser la nature se développer en ville. La flore spontanée donne un sentiment de manque d’entretien ; les plantes grimpantes[1] sont synonymes de bâtiments délabrés ; les toitures végétalisées[2] sont mises en cause en cas de fuite... En réalité ces aprioris sont nourris par un manque de connaissance de la technique (les toitures végétalisées possèdent un système de protection de l’étanchéité), du végétal (le lierre s’accroche par ventouses) et des méthodes de gestion. La cohabitation du minéral et du vivant doit avant tout s’accompagner d’une meilleure connaissance du vivant.

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Quelles perspectives parisiennes ?

On note aujourd’hui un changement de point de vue concernant la place donnée à la nature en ville. Après des années d’aménagements et de projets faisant du végétal un élément de décors sous contraintes, on en revient progressivement à des gestes plus simples. Ce changement de paradigme a débuté avec le passage au « zérophyto », bannissant l'usage des pesticides, qui a discrètement changé le visage des rues et des équipements parisiens. Il se poursuit avec le projet des cours oasis dans les écoles, inspiré des « cours naturelles » belges, le vaste programme de désimperméabilisation des sols, en lien avec le plan Paris-Pluie, et avec les projets de rues jardins et de reconquête de la ceinture verte qui sont autant de projets engagés à mieux prendre en compte la place du végétal et ses besoins.

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Un conseil aux Parisien.ne.s ?

Un conseil serait de ne pas hésiter à faire un peu plus de place à la végétation. On regarde souvent les rues végétalisées du centre d’Amsterdam avec beaucoup d’envie, et il faut se souvenir que cette végétation s’est faite par les riverains dans les années 70 quand la ville autorisait à retirer une brique (le sol du centre d’Amsterdam est fait de briques posées sur du sable) pour planter une plante.

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