Été 2020

#84 - Orages, sécheresses... La ville s'adapte

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Le dérèglement climatique favorise certains événements météorologiques amplifiés qui parfois entraînent inondations ou sécheresses.  

Des stratégies sont mises au point pour gérer l'eau et du même coup atténuer ces risques naturels. Le plan Parispluie de la Ville de Paris en est une synthèse.

 

 

En vidéo ce mois-ci Amélie CHAUMETON nous présente La Cité Fertile et ses aménagements écologiques pour la gestion de l'eau.

Une  vidéo réalisée par Philmotion

Parole d’expert

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Sébastien DERIEUX
Sébastien DERIEUX est chargé d’opération à la Direction Territoriale Seine Francilienne de l’Agence de l’Eau Seine-Normandie.
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Quels sont le rôle et les missions de l’agence de l’Eau Seine Normandie?

L'agence de l'eau Seine-Normandie, établissement public du Ministère de la Transition Écologique et Solidaire, met en œuvre la politique de l’eau du bassin hydrographique Seine-Normandie où se trouve Paris.

Elle accompagne et soutient financièrement les études et travaux des acteurs locaux, conformément à son programme «Eau & Climat» 2019-2024, et aux Assises de l’eau. Ces projets en faveur de l’adaptation au changement climatique contribuent à améliorer la qualité des ressources en eau, des rivières, des milieux aquatiques et la biodiversité.
Dans ce cadre, près de 39 M € sont destinés à la gestion des eaux de pluie en 2020.

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Quels types de problèmes entraînent les pluies courantes ou les orages en ville ?

Aujourd’hui, un réseau "unitaire" équipe la ville de Paris, c’est-à-dire un réseau d’eau qui transporte dans les mêmes tuyaux les eaux usées et les eaux pluviales.
Quand il pleut, les eaux de pluies ruissellent sur les espaces imperméabilisés : les toits, la voirie, les trottoirs… et se mélangent aux eaux domestiques, les eaux usées, via les avaloirs de voirie. Lorsqu’il pleut et que les réseaux sont trop chargés,  les déversoirs d’orage, exutoires de trop pleins, prennent le relais et dirigent les eaux  du réseau vers les milieux naturels, comme la Seine à Paris par exemple. Ces eaux non traitées par les stations d’épuration sont chargées en polluants issus du ruissellement des rues et en polluants organiques présents dans les eaux usées.  Cette pollution des milieux naturels est devenue un problème récurrent.

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Quels aménagements pour atténuer ces désagréments ?

Les aménagements mis en place ont pour objectif de gérer les eaux de pluie en ville « à la source au plus près de là où elles tombent », afin d’éviter qu’elles ne rejoignent les réseaux. Il faut penser la ville, penser les aménagements pour favoriser le ruissellement des eaux pluviales vers des espaces infiltrants, et végétalisés : un espace vert, des pieds d’arbres continus, des pavés enherbés, des noues d’infiltration le long des voiries, des revêtements perméables, ou des toits végétalisés sur les bâtiments…

Les espaces verts, « en creux » par exemple, peuvent devenir des espaces « multi-usages » pour la ville et les habitants : un espace récréatif quand il ne pleut pas ou un espace infiltrant (voire un bassin d’eau pluviale de stockage infiltration) le temps que l’eau s’infiltre. Il s’agit de privilégier les solutions à bénéfices multiples, mettant en valeur les fonctions et services écosystémiques des aménagements.

Il faut réduire l’imperméabilisation,  désimperméabiliser, pour infiltrer l’eau de pluie partout où c’est possible et au plus près de l’endroit où elle tombe.

Ces aménagements sont réalisés sur l’espace public, dans les cours d’écoles, les bâtiments, les copropriétés, privées ou chez des bailleurs sociaux. Tous les maîtres d’ouvrage sont encouragés à penser la ville autrement et peuvent bénéficier de subventions de l’agence de l’eau pour créer les aménagements nécessaires à l’infiltration des eaux de pluie.

Découvrez à Paris les cours Oasis

Ces aménagements, adaptés à la gestion des petites pluies, permettront de gérer  80 % du volume de pluie annuelle d’Ile-de-France, soit celles qui  représentent une hauteur d’eau au maximum de 8-10 mm. Ce sont les pluies les plus courantes en Ile-de-France.

 

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Quelles stratégies pour conserver l'eau afin de mieux faire face aux sécheresses ?

Conduire l’eau de pluie directement dans les espaces verts peut permettre de recharger les nappes d’eau souterraines et, a minima, assurer un « arrosage »  naturel des espaces verts, sans utiliser l’eau du réseau.  Il faut faire de la pluie un atout sur les territoires urbanisés.

Proposer un espace vert en ville atténue les îlots de chaleur. La présence d’eau, de végétation et d’un sol perméable crée des îlots de fraîcheur. L’eau est captée directement et ne ruisselle plus vers les réseaux. C’est exactement le principe des toitures végétalisées. L’eau y est infiltrée, consommée par les plantations, et évapo-transpirée. Une toiture végétalisée constitue aussi un îlot de fraîcheur et un confort d’isolation contre la chaleur pour les habitants.

Découvrez comment faire sa toiture végétalisée à Paris

Des citernes de récupérations ont parfois été mises en place. C’est peu  fréquent aujourd’hui, en raisons, entre autres, des contraintes réglementaires pour la réutilisation.

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Le changement climatique se fait-il sentir par rapport aux observations concernant la fréquence des pluies ?

Oui. Il y a une augmentation de la fréquence des fortes pluies mais la tendance de la moyenne annuelle est à la baisse. Des études ont montré que les températures augmenteront entre 2,5 et 3 degrés à l’horizon 2050 et que les précipitations annuelles diminueront de 6 %. L’été, la  baisse des quantités d’eau dans les cours d’eau, le débit d’étiage, va s’accentuer.

Capter  l’eau de pluie au plus près de là où elle tombe pour contrer les phénomènes de sécheresse et débitumer pour favoriser  les îlots de fraîcheur. 

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Quelles sont les priorités et les réalisations dans la capitale ?

Il existe un zonage parisien appelé « ParisPluie ». Il impose pour toute nouvelle parcelle, aménagement ou construction une gestion des eaux de pluie sur la parcelle. Cette gestion des petites pluies doit obligatoirement être prise en compte dans tous les futurs aménagements, espaces publics ou privés. Espaces piétons, contre-allées, parcs… tous sont concernés, ainsi que les bailleurs sociaux, les aménageurs, les promoteurs, qui souhaitent édifier un nouveau bâtiment.

Certains aménagements sont représentatifs de cette nouvelle politique, comme l’esplanade Saint-Louis du Château de Vincennes et ses 4 hectares dont les eaux de pluie se dirigent aujourd’hui vers des espaces végétalisés et infiltrants. On peut citer d’autres projets sur Paris tels que les contre-allées du boulevard de Vaugirard devant la gare Montparnasse, ainsi que  celles de l’avenue Daumesnil… entre autres.

Découvrez le plan d'action Paris pluie

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Les habitants ont-ils la possibilité d’œuvrer pour accompagner ces action ? Un conseil aux Parisien.ne.s ?

Oui bien sûr. Lors de travaux de copropriété,  ils peuvent réfléchir à la mise en place de différents dispositifs, comme une toiture végétalisée pour gérer les eaux de pluie et isoler le bâtiment.

Les espaces extérieurs peuvent aussi être aménagés en essayant de supprimer les avaloirs qui envoient les eaux de pluie au réseau et utiliser les espaces verts existants pour absorber cette eau, ou encore mettre en place un système de récupération d’eau de pluie. Cela peut être réalisé avec  les aides de l’agence de l’Eau 

Plus modestement, à son échelle, la mise en place de petits espaces de culture, comme le permis de végétaliser, est toujours un plus. On peut enfin citer cette initiative du « permis de débitumer » sur de grands espaces à Montréal où les habitants débitument devant chez eux, sur des parkings, des cours d’école. Enfin, l’agriculture urbaine est une des solutions en fort développement. Les surfaces mises en œuvre sont petites, mais peuvent être très nombreuses. Elles captent l’eau, et participent donc à  cette politique de gestion à la source des eaux de pluie, dans des espaces non imperméabilisés, et végétalisés. On peut tous contribuer à son niveau.

Découvrez comment végétaliser à Paris

Rendons la pluie utile, utilisons la comme une ressource, favorisons le cycle naturel de l’eau, pour une  ville durable, avec des îlots de fraîcheur, adaptée aux effets du changement climatique.

 

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A noter !

La communication est un outil primordial qui garantit l'élan suffisant sans lequel le changement de paradigme que représente l'abandon du tout/tuyau au profit d'une gestion plus naturelle de la pluie en ville, ne peut s'instaurer malgré ses évidents bénéfices pluriels.

Cela se traduit par : l'élaboration d'un guide, des propositions de solutions, l'organisation d'ateliers, l'accompagnement de proximité des maîtres d'ouvrage dans leurs projets, un rendez-vous annuel pour des échanges d'expérience, des formations, des expérimentations de solutions, des partenariats de recherche, etc....

Il s'agit là d'une panoplie de moyens, s'adressant à tous les publics, porteurs de projets publics ou privés, élus, grand public,.... pour parvenir à ce que le Parispluie ne soit plus une contrainte mais devienne la seule et évidente façon de gérer les pluies courantes en milieu urbain dense.

Pour aller plus loin :

Le Plan ParisPluie de la Ville de Paris

APUR : Référentiel pour une gestion à la source des eaux pluviales dans la métropole

Contrat de territoire eau et climat, Plaines et coteaux de la Seine centrale urbaine, gestion des eaux pluviales

Association pour le Développement Opérationnel et la Promotion des Techniques alternatives en matière d’eaux pluviales

 

Ils agissent
Comme eux, nous pouvons tous être Acteurs du Paris durable par nos actions qu'elles soient modestes ou plus importantes !