Novembre 2020

#102 - Rien à jeter !

Partager sur

La Semaine Européenne de la Réduction des Déchets se déroulera cette année, du 21 au 29 novembre 2020. L'occasion de nous questionner sur notre fonctionnement et sur nos habitudes de consommation. Alors Zéro déchets c'est possible ?

 

 

En vidéo ce mois-ci, le poulailler du centre d'animation Maurice Ravel présenté par son responsable Nathan Dubois. 

 

Pour mettre en place un poulailler en toute tranquillité et en toute légalité, reportez-vous à la fiche pratique " Créer un poulailler collectif " 

Parole d’experts

s
Raphaël Morera et Nicolas Lyon-Caen
Auteurs et chargés de recherches
1
À vos poubelles citoyens ! Pourquoi ce titre pour votre dernier ouvrage?

Parce que nous voulions explorer la participation des Parisiens au nettoyage de leur ville avant la Révolution de 1789. Souvent décrit comme sale et malodorant, ce Paris ancien est pourtant activement entretenu au quotidien par ses habitants.
Ce que nous montrons, c’est que depuis la fin du moyen-âge, ce sont les habitants organisés par rues ou quartiers qui financent et contrôlent le travail d’assainissement. Mais sous Louis XIV, une nouvelle forme de police brise peu à peu ces liens locaux et prend en main l’administration de la propreté, à l’échelle de la ville toute entière.
Les Parisiens sont dépossédés de leurs responsabilités civiques au profit d’entrepreneurs directement payés par le roi. De responsables, ils deviennent au 18siècle de simples usagers d’un service public organisé par la monarchie et, pour les propriétaires, des citoyens-contribuables.

 

2
Le déchet d'hier est-il le déchet d'aujourd'hui ?

Pas vraiment. Le déchet non réutilisable est en effet une construction sociale relativement récente des sociétés industrielles et hyperconsommatrices des 19e et 20e siècles. De manière générale, avant cette époque, leur traitement s’apparentait à une consommation à l’infini des restes. Ainsi, exemple paradigmatique souvent invoqué, les boues des rues et les excréments des citadins se transformaient en engrais pour les champs des campagnes environnantes un peu partout dans le monde. Ce mode de fonctionnement était aussi valable dans les processus de production artisanaux de l’époque moderne : objets ou vêtements étaient volontiers réparés, revendus et réutilisés.

3
Quelles sont les solutions aujourd'hui et à venir pour relever ce grand défi, (de la plus grande jusqu’aux plus petites, comme un poulailler par exemple) ?

La construction d’une action publique efficace ne peut se passer de la participation des individus concernés aux décisions et aux pratiques des administrations. Au début du 18e siècle, l’éclairage des rues est devenu plus difficile à organiser une fois les Parisiens exclus des processus décisionnels en matière d’ordures. Tout un discours a aussi été produit par la monarchie pour justifier de grands travaux d’hydraulique, qui n’ont jamais eu vraiment lieu avant 1800, faute d’argent mais aussi parce que Paris avait déjà assez d’eau pour boire et nettoyer ses rues.

4
L'exportation des déchets, une nouvelle tendance ?

Cela dépend de l’échelle à laquelle on se situe. Paris, et les grandes métropoles, exportent leurs déchets depuis longtemps déjà. Mais avant le 20e siècle, les éboueurs n’avaient guère que quelques kilomètres à effectuer pour atteindre les voiries. Au cours du 19e siècle, les choses ont commencé à évoluer, secteur par secteur. Aujourd’hui la tendance s’accélère et change de dimension. Les pays industrialisés exportent une pollution massive (plastiques, composants informatiques) pour économiser sur les coûts de traitement de matériaux difficiles ou dangereux à traiter et sans les intégrer dans un circuit de réemploi.

5
Quel est le pire déchet ?

Difficile de répondre à cette question au singulier tant sont nombreux les déchets qui posent problème aux individus comme aux institutions. Nous montrons dans notre  livre à quel point le déchet se définit à la fois relativement et négativement. Le pire déchet est ce qui n’a aucun usage pour personne, celui dont le traitement produit lui-même du déchet. Notre société contemporaine en produit une quantité innombrable. On peut citer deux exemples, apparemment opposés. Les déchets nucléaires représentent un risque gigantesque et pour une durée presque infinie. Mais les plastiques insignifiants qui envahissent notre quotidien et dont on ne sait que faire sont également redoutables et s’insinuent partout. Ainsi le masque chirurgical jetable qui pullule dans les rues de Paris. Cet objet vient de loin pour nous protéger et il finit par être piétiné sur le rebord d’un trottoir.

6
Un conseil aux Parisiens ?

Les Parisiens devraient continuer à prendre soin de leur ville et à faciliter le travail des professionnels qui ont la charge de leurs déchets au quotidien. Car leur tâche est ardue, entre exigences de tri maximum et nécessité d’assainissement approfondi de certaines zones. C’est apparemment simple, mais c’est en fait un effort chaque jour renouvelé. En matière de déchet, il faut aussi se responsabiliser : jeter moins ou mieux, c’est avant tout consommer autrement !

 

7
En savoir plus...

Nicolas Lyon-Caen est chercheur au CNRS. Il a notamment publié La Boîte à Perrette. Le jansénisme parisien au XVIIIe siècle aux éditions Albin Michel en 2010.

Raphaël Morera est chercheur au CNRS. Spécialisé en histoire environnementale, il travaille sur la gestion de l’eau à l’époque moderne. Aux Presses universitaires de Rennes, il a notamment publié L’assèchement des marais en France au XVIIe siècle en 2011.

.

Ils agissent
Comme eux, nous pouvons tous être Acteurs du Paris durable par nos actions qu'elles soient modestes ou plus importantes !