Septembre 2020

#100 - Les Mobilités urbaines... l'avenir est en route !

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En milieu dense, il faut privilégier des solutions douces comme les transports partagés. Les solutions viendront aussi de la manière dont nous saurons nous réinventer à travers l'innovation et les déplacements du futur.

 

 

En vidéo ce mois-ci, Joël Sike, l'un des membres fondateurs de l'association AICV.  Une structure fondée sur un projet économique et social alliant des activités marchandes de location et de réparation de vélos, et des activités non marchandes comme la vélo-école, un projet vélo et handicap, la formation et l'insertion de ses salariés, le recyclage de bicyclettes.

Parole d’experts

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Les experts de l'Agence de la Mobilité
Nadhéra Beletreche, Jonathan Couppe, Natalia Ciciarello et Thierry Bourdas de la Ville de Paris.
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À quels types de défis devra-t-on faire face en ce qui concerne les déplacements urbains dans les prochaines années ?

Dans les milieux urbains très denses, la lutte contre la pollution de l’air et le réchauffement climatique vont demeurer au cœur des politiques de mobilité. Comme à Paris, une grande partie des villes européennes va continuer à réduire la place de la voiture individuelle et à encourager l’usage des transports en commun et des modes actifs que sont la marche et le vélo. Les villes vont également poursuivre la reconquête de leurs fleuves dont les abords ont longtemps été consacrés à la circulation automobile, et ainsi offrir de nouveaux espaces pour les piétons.

Un réaménagement profond de l’espace public sera également indispensable pour accompagner l’évolution des mobilités. A Paris, la marche est le premier mode de déplacement, avec 65 % des trajets réalisés à pieds. Pourtant, 52 % de l’espace public est dédié à la voiture. La crise du coronavirus a rendu plus visible ce déséquilibre. Des assises du stationnement et de la mobilité seront organisées à l’automne pour transformer une partie importante des places de stationnement en surface. La place regagnée permettra notamment de végétaliser la ville, de soutenir l’activité économique en y installant des terrasses de restaurants, en donnant aussi la priorité aux usagers qui en ont le plus besoin, comme les livreurs ou les personnes handicapées.

Les villes vont également continuer à encourager le développement d’offres alternatives à la possession d’une voiture, en soutenant notamment les services de véhicules partagés en libre-service. Elles devront aussi continuer à réguler les services de micro-mobilité, comme les trottinettes électriques partagées, afin d’assurer leur bonne insertion dans la ville.

Le travail engagé avec les acteurs économiques pour des livraisons plus respectueuses de l’environnement sera également poursuivi alors que le e-commerce ne cesse de se développer.
Par ailleurs, l’arrivée de nouveaux services de mobilité, type trottinettes électriques et autres engins motorisés de déplacement personnel, a entraîné des conflits d’usage sur l’espace public, en particulier avec les piétons et les usagers les plus vulnérables, notamment les personnes âgées ou PMR. A Paris, un code de la rue sera créé qui définira de nouvelles règles et inscrira les usagers les plus vulnérables que sont les piétons et les cyclistes au cœur de la ville. L’enjeu sera à la fois de redéfinir les usages publics, pour favoriser une cohabitation pacifiée entre les usagers, et de réaménager l’espace public au profit des circulations douces.

De plus, la donnée est désormais au centre des enjeux de mobilité. Les sources sont multiples : capteurs installés dans la chaussée ou sur du mobilier urbain type caméra, applications numériques, smartphones, véhicules connectés, nouveaux opérateurs de mobilité partagée, etc. Elle constitue un levier majeur pour améliorer les politiques de déplacement et l’aménagement urbain. La collecte et l’analyse de ces données ouvrent de nouvelles perspectives aux collectivités pour mieux connaître les flux de mobilité et les usages de l’espace public, mais aussi pour mieux réguler les différents modes de déplacement et modéliser plus finement l’impact des opérations urbaines. La donnée est également au cœur d’un enjeu de propriété, d’accès, de collecte, et de partage entre les différents acteurs de la mobilité, publics et privés.

Enfin, rendre l’espace public accessible sera également une priorité. L’organisation à Paris des Jeux Olympiques et Paralympiques devra servir d’accélérateur des politiques publiques d’accessibilité.

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Quelle catégorie de déplacement est la plus problématique ?

Les déplacements sont sources de nuisances sonores, de pollution atmosphérique et de congestion. De plus, ceux réalisés en véhicules personnels sont consommateurs d’espace public pour le stationnement.

Tous les déplacements motorisés thermiques posent aujourd’hui question et pourraient trouver une alternative décarbonée.  On pense naturellement à l’autosolisme et aux déplacements en 2 roues motorisés thermiques qui cumulent à la fois une nuisance sonore régulièrement pointée dans les sondages menés auprès des Parisiens - et une pollution atmosphérique parmi les plus importantes en lien avec des normes antipollution moins sévères que pour les voitures (cf. Étude Ademe-Ifsttar, 2017).

 

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Quelles solutions peuvent être mises en place à court et moyen terme ?

Différentes solutions pourraient être ou sont déjà mises en œuvre afin de réduire les nuisances liées aux déplacements, parmi lesquelles :

- la réduction du nombre de déplacements en développant le télétravail,

- une évolution urbaine favorisant les commerces et services de proximité afin de se déplacer plus souvent à pied et en vélo,

- une optimisation du taux de remplissage des véhicules en promouvant l’usage des transports en commun et en développant des systèmes de mobilité partagé (autopartage, covoiturage, etc.).

- développer l’usage des véhicules électriques, qui permettent d’éviter localement le bruit et la pollution atmosphérique.

 

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La mobilité électrique est-elle la solution idéale ?

La mobilité électrique n’est pas une fin en soi, contrairement à une organisation des déplacements efficace et durable. Passer d’embouteillages avec des voitures diesel à des embouteillages en voitures électriques ne résout pas le problème de congestion. La mobilité électrique est aujourd’hui la meilleure option pour réduire le bruit et la pollution localement, mais son impact environnemental global reste significatif (notamment à la fabrication): il faut donc également faire évoluer les comportements, en développant des usages partagés, et étudier de près la seconde vie des batteries.

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Quelle place pour les transports partagés ou en libre-service ?

La mobilité partagée a toute sa place dans une ville comme Paris qui ambitionne de décarboner ses mobilités et de regagner de l’espace public dédié aujourd’hui au stationnement de véhicules individuels. La Loi LOM de 2019 apporte de nouveaux outils aux collectivités pour accompagner au mieux ces nouvelles mobilités. Dans cet environnement où la présence des acteurs privés augmente, un équilibre entre « accompagnement » et « laissez-faire » doit être trouvé au cas par cas. Même si plusieurs nouvelles offres sont opérées par des entreprises privées, les usagers les considèrent souvent comme des services publics.

Les offres de mobilité partagée sont en développement à Paris quel que soit le mode depuis 12 ans , avec  1 véhicule partagé pour 285 Parisiens en 2007 contre 1 véhicule partagé pour 35 Parisiens en 2019 (total de 60 000 véhicules). L’émergence de ces offres reste solidement liée à l’accès aux smartphones et aux NTIC depuis 2010 suivie en 2013 du développement du réseau 4G. Deux offres à l'initiative de la région, Velib’ et Autolib’, ont joué un rôle crucial dans le développement des modes partagés dans la capitale, en raison d’un fonctionnement à grande échelle, d’une offre accessible au plus grand nombre et d’un maillage extrêmement dense. La base d’un réseau de transport en commun (TC) structurant, dense et fiable, tel qu’on le retrouve à Paris reste un levier majeur qui a facilité le développement de toutes les autres mobilités alternatives au véhicule individuel. À ceci s'ajoutent aujourd’hui une grande demande potentielle et la réceptivité des usagers, à la fois habitués et prêts à payer le prix.

 

Ces dernières années l’Agence de la Mobilité a étudié de manière plus précise les différents usages des modes partagés. Ils ne s’avèrent pas tous vertueux en termes de transferts modaux ou de bilan carbone. En conséquence, il est nécessaire de définir les modes qui doivent être promus sur la voirie afin d’obtenir un impact environnemental positif.

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Le télétravail est-il une des solutions ?

Le développement du télétravail est une piste intéressante qu’il convient d’analyser avec précision. L’étude de l’APUR de juin 2020 « Télétravail et mobilité dans le Grand Paris – Quel impact demain sur les réseaux de transport ? » y contribue. La crise sanitaire de la Covid-19 a en effet contraint de nombreux actifs à recourir au télétravail. L’APUR ( Atelier Parisien d'Urbanisme) a ainsi étudié trois scénarios de télétravail « pour demain », en ciblant notamment les cadres, particulièrement concernés par le travail à distance. Ainsi « du scénario a minima au scénario plus ambitieux, avec 10 à 20 % des actifs (hors artisans) en télétravail régulier – soit 20 à 40 % des cadres –, ce sont ainsi entre 5 % et 11 % de l’ensemble des trajets domicile-travail qui pourraient être évités dans le Grand Paris, soit de 1,11 à 2,27 millions déplacements par semaine. » L’impact du télétravail peut donc être significatif sur la désaturation des réseaux de transports collectifs notamment aux heures de pointe, ce qui permettrait de rendre plus confortables les déplacements dans la métropole.

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Un conseil aux Parisiens pour leurs déplacements ?

Être curieux et ne pas hésiter à tester de nouvelles façons de se déplacer, actives, douces et partagées !

 

Ils agissent
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