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Acteurs du Paris durable - Cyrielle DENHARTIGH

Invité du mois

Cyrielle DENHARTIGH

Juin 2019 -
Après des études de géographie, Cyrielle Denhartigh a travaillé cinq ans aux Amis de la Terre. Après de nombreux séjours de volontariat dans des fermes biologiques (wwoofing), et la rédaction d’un livre sur les jardins collectifs aux éditions Educagri, elle est entrée en 2013 au Réseau Action Climat pour assurer le suivi des questions alimentaires et agricoles.
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1/ Parlez-nous du Réseau Action Climat ? quelles sont ses missions ? 

Le Réseau Action Climat est un réseau d’associations environnementales, de solidarité, travaillant sur le transport, la transition énergétique, etc. Notre but est d’allier nos forces pour faire avancer les politiques publiques en matière de lutte contre le dérèglement climatique.

 

2/ Quel est l’impact de notre alimentation dans le dérèglement climatique ?

Notre alimentation représente entre un quart et un tiers des émissions de gaz à effet de serre des Français. Ce chiffre vient encore d’être confirmé par une récente étude parue en janvier 2019 (L’Empreinte énergétique et carbone de l’alimentation en France – de la production à la consommation) qui évalue à 24 % la part des émissions de gaz à effet de serre liées à notre alimentation.

Ces émissions sont liées pour plus de la moitié à la phase de production : utilisation des engrais azotés, fermentation dans les intestins des ruminants, gestion des déjections animales, énergie utilisée pour les serres et les tracteurs. Un gros quart est lié au transport (entre toutes les étapes de la production, de la transformation et de la distribution). Le reste des gaz à effet de serre est lié aux industries agroalimentaires, à la distribution, etc.

Techniquement, il est nécessaire de faire la distinction entre les émissions de gaz à effet de serre de ce que mangent les habitants du territoire français (on parle d’empreinte gaz à effet de serre de l’alimentation) des émissions émises par le secteur agricole et alimentaire français (on parle d’émissions territoriales). Le premier prend en compte par exemple les importations de nourriture consommée par la population tandis que le deuxième prend en compte seulement la production sur le sol français, incluant ce qui est produit pour être exporté. Dans les négociations internationales pour le climat et les politiques climat de la France, on ne parle en général que des émissions territoriales.

Enfin, il est important de distinguer les différentes formes d’agriculture et d’alimentation et leurs impacts sur le climat. Une agriculture industrielle émet davantage de gaz à effet de serre. Cela est en particulier dû à la dépendance de ces modèles à la fabrication et à l’importation d’engrais azoté de synthèse, à l’importation d’aliments pour les animaux, notamment le soja et à une dépendance accrue aux énergies fossiles.

 

3/ Que prend en compte le bilan des émissions de gaz à effet de serre de la tomate dans notre assiette ?

La méthode est différente lorsque l’on calcule les émissions de gaz à effet de serre d’un produit en particulier. L’ADEME a mis en place une méthode appelée Agribalyse. Elle permet de fournir des références sur l'impact climatique des productions agricoles. Elle est disponible gratuitement. La méthode de calcul prend en compte toutes les étapes de production, de la graine à la sortie de la ferme. La base de données fournit par exemple l’impact climat d’une tomate conventionnelle sous abris et d’une tomate en agriculture biologique, cette dernière étant moins émettrice.

 

4/ Quelle est la tendance pour ces dernières années – la situation évolue-t-elle ?

La tendance de ces dernières années est à la baisse des émissions territoriales agricoles. Malheureusement, cela est davantage dû à une érosion du nombre de fermes, et notamment d’éleveurs subissant la crise et les concentrations des exploitations agricoles. Or, il serait souhaitable d’accompagner de façon intelligente une évolution profonde de notre modèle agricole vers des pratiques durables, peu émissives, protégeant la biodiversité et la ressource en eau, résilientes face aux aléas climatiques, intensives en emploi, respectant le bien-être animal et participant au dynamisme des territoires.

 

5/ Quels sont les leviers pour inverser la tendance ?

Le Réseau Action Climat est membre de la plateforme Pour une Autre PAC qui promeut une évolution écologique et sociale de notre modèle agricole et alimentaire.

La PAC, (Politique Agricole Commune) en cours de renouvellement, est la clé de voûte des politiques agricoles. Il est essentiel que cette politique européenne évolue dans le bon sens et réponde aux attentes croissantes des citoyens et des paysans : la santé, le bien-être animal ou encore le climat.
Parallèlement, il est important d’accompagner les évolutions de l’assiette alimentaire, notamment en faisant évoluer les menus des cantines : davantage de produits biologiques, plusieurs repas végétariens par semaine, moins de gaspillage alimentaire, etc. Mais il est aussi important d’améliorer l’information du mangeur au moment du choix et de l’acte d’achat : par exemple en généralisant le nutriscore (logo qui informe sur la qualité nutritionnelle d'un produit) sur les emballages ou en diminuant la publicité des produits alimentaires les plus nocifs pour la santé et l’environnement.

 

6/ Les actions au quotidien des citoyens sont-elles suffisantes ? 

Les actions au quotidien des citoyens sont importantes, mais il est évident qu’elles ne seront pas suffisantes. La dépendance d’un grand pan de l’agriculture aux engrais de synthèse, l’importation de soja, la publicité, etc. tout ceci doit faire l’objet de réglementations et de politiques publiques. Donc finalement, pour les citoyens souhaitant s’engager, il est possible de le faire à travers des gestes du quotidien (manger moins de viande, préférer une viande paysanne, bio, élevée en plein air, manger bio, etc.) mais aussi en s’engageant dans une des nombreuses associations œuvrant pour une transformation ambitieuse de notre modèle agricole et alimentaire.

7/ Un conseil aux Parisiens ?

Il est possible d'agir à la fois dans son assiette et dans son quartier ! 

La première chose à savoir, c’est qu’une assiette bonne pour le climat est très souvent bonne pour la santé, et vice-versa. Pour diminuer l’impact climat de son assiette, il est important de diminuer sa consommation de viande et de préférer des viandes de qualité, issues de filières paysannes, bio, locales, de manger bio et de diminuer au maximum le gaspillage et les produits trop emballés. Plus fondamentalement, il est essentiel de se remettre à cuisiner : seul, en couple, avec ses enfants, entre amis. Sans être donneur de leçon, redonner envie de cuisiner à son entourage, c’est le meilleur des premiers pas vers une assiette meilleure pour le climat et pour la santé. Par exemple en organisant des soirées auberge espagnole avec un thème : soirée « champignons », le buffet « plats couleur orange », un concours de « tartinades », ou encore faire la cuisine avec ses enfants.

Pour aller plus loin, il faut agir à l’échelle de son quartier et s’engager collectivement : monter sa propre AMAP, organiser un marché paysan, des achats groupés en direct producteur, s’engager dans une épicerie collective, militer pour une meilleure alimentation à la cantine de ses enfants? se rapprocher des parents d’élèves, ou encore soutenir les associations qui oeuvrent pour la transformation de notre modèle agricole et alimentaire : Terres de lien Ile-de-France, le GAB ile-de-France, AMAP Ile-de-France, etc.

Plus d'info sur les gestes climat dans son assiette (Publication consultable en ligne et/ou à commander au format papier auprès du Réseau Action Climat)

La bande dessinée "Planeteman passe à table" sur les impacts climat de son assiette (des poster tirés de la bande dessinée sont également à commander).

Pour aller plus loin :

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Réseau Action Climat / Agriculture et Alimentation

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Mots clefs : agriculture, PAC, nutriscore, alimentation, biodiversite

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