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Acteurs du Paris durable - Agnès LEFRANC

Invité du mois

Agnès LEFRANC

Septembre 2019 -
Après une formation initiale à l’École normale supérieure, complétée par un doctorat d’écologie de l’Université Pierre et Marie Curie, Agnès Lefranc travaille, depuis plus de 16 ans, dans le champ de la santé environnementale. Elle est actuellement cheffe du Service parisien de santé environnementale (SPSE).
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1/ Quelle est l’évolution de la qualité de l’air à Paris ?

La surveillance de la pollution de l’air extérieur mise en œuvre par Airparif produit des séries de données permettant d’apprécier de façon objective l’évolution des niveaux de différents polluants au cours du temps. Selon les polluants (et leurs sources) la situation est contrastée : tandis que les niveaux de certains polluants ne montrent pas ou plus de diminution (dioxyde d’azote, particules) et que la situation demeure ainsi problématique, pour d’autres la situation s’améliore (dioxyde de soufre, monoxyde de carbone par exemple).
Cela illustre d’une part l’efficacité de mesures visant à réduire certaines sources d’émission (baisse du taux de soufre dans le gasoil, par exemple), mais aussi les difficultés à agir dans d’autres cas.

 

2/ De quels polluants est-il question ? 

Les polluants de l’air extérieur sont multiples. Ils sont directement émis par les activités humaines (transports, combustions pour le chauffage ou l’industrie, par exemple), ou formés secondairement au cours de réactions chimiques ayant lieu dans l’atmosphère (c’est le cas de l’ozone, notamment). Il peuvent être gazeux (oxydes d’azote, ozone, dioxyde de soufre…) ou solides (particules). A très haute altitude dans l’atmosphère, l’ozone a un rôle protecteur. En effet, la couche d’ozone située à plus de 30 km du sol dans la stratosphère, rend la vie possible sur Terre en filtrant les rayons ultraviolets nocifs du soleil. Par contre, dans la troposphère, c’est à dire la basse atmosphère où l’on vit et l'on respire, l’ozone est également présent naturellement mais en faible quantité. Lorsque sa concentration augmente, il joue alors le rôle d’un polluant, et peut avoir des effets néfastes sur la santé de l’homme, sur les végétaux et les matériaux. (source : Airparif)

Il ne faut pas oublier les pollens, d’origine naturelle, mais dont les impacts sanitaires, notamment pour les personnes allergiques peuvent être majeurs.

Dans l’air intérieur, on retrouve les polluants de l’air extérieur, gazeux et particulaires, mais aussi d’autres polluants, émis par exemple lors de l’usage de certains produits d’entretien, par des éléments de mobilier et matériaux de construction (Composés organiques volatiles –COV-, formaldéhyde…), mais aussi lorsque l’on cuisine ou que l’on utilise des bougies ou de l’encens (particules…). On trouve également dans l’air intérieur des biocontaminants : moisissures, allergènes domestiques provenant d‘acariens, d’animaux domestiques et de blattes, etc.
Les polluants de l’air intérieur peuvent donc être extrêmement divers. Ces polluants sont susceptibles, seuls ou en mélange, d’avoir des effets néfastes sur la santé des occupants des locaux, à court terme (irritations, maux de tête, par exemple) ou à plus long terme (augmentation du risque de survenue de certaines pathologies à la suite d’expositions chroniques). C’est pourquoi il est important, alors que nous passons la plus grande partie de notre temps à l’intérieur de locaux, de diminuer autant que possible les niveaux de ces polluants. Il est possible d’agir à deux niveaux pour cela : en réduisant les sources d’émissions, et en favorisant le renouvellement de l’air (aération). Cela passe par le choix de produits (entretien, hygiène corporelle,…) et de matériels (matériaux de construction, mobilier) peu émissifs, qui peuvent être sélectionnés en se fondant sur les labels étiquetages disponibles, et par des pratiques (aération, non utilisation de bougies, d’encens ni de désodorisants d’intérieur,…) simples à mettre en œuvre, mais susceptibles d’apporter une nette amélioration à la qualité de l’air intérieur.

 

3/ Quelles sont donc les principales sources de ces divers polluants?

Les oxydes d’azote (NOx, qui regroupent monoxyde et dioxyde d’azote, proviennent des activités de combustion, notamment du trafic routier.

Les principales sources anthropiques d’émissions de particules sont le secteur résidentiel et tertiaire (chauffage au bois en particulier – feu d’agrément), le trafic routier, les chantiers et carrières, et l’agriculture. Selon les sources, la taille des particules émises diffère.

Le dioxyde de soufre peut être émis au cours de nombreux procédés industriels, ainsi que lors de la combustion de certains charbons, pétroles et gaz naturels présentant une teneur importante en soufre.

Le monoxyde de carbone est émis au cours de processus de combustion mal maîtrisés.

Airparif produit des bilans des émissions spécifiques à Paris 

 

4/ Comment mesure-t-on les polluants intérieurs/ extérieurs?

Le « niveau de pollution » de l’air intérieur ou extérieur est apprécié au travers de la mesure de certains polluants dits « indicateurs ».

Les niveaux de ces polluants « indicateurs » sont des « traceurs » de l’ensemble des polluants émis ou formés avec eux.
Ainsi, la surveillance de la pollution de l’air extérieur fait en France l’objet d’une réglementation qui impose, dans des villes telles que Paris, la mesure en différents points de polluants tels que les oxydes d’azote, les particules, l’ozone, le dioxyde de soufre… 
Il existe également un cadre réglementaire concernant la qualité de l’air intérieur, notamment dans les établissements recevant des enfants.

La mesure des polluants peut être effectuée en continu (par exemple à Paris dans l’air extérieur par le réseau de la quinzaine de stations de mesures d’Airparif), ou de façon plus ponctuelle, dans le cadre de campagnes de mesures (comme cela est réalisé par les services de la Ville dans certaines écoles ou crèches, par exemple, ou encore par l’Observatoire de la qualité de l’air intérieur dans un échantillon représentatif de logements ou de bureaux en France).

En matière d’air extérieur, il est possible de compléter les données issues des mesures par le recours à des méthodes de modélisation, afin par exemple de disposer de cartographies des niveaux de polluants à une échelle spatiale fine. En matière d’air intérieur, le recours à la modélisation est plus complexe, compte tenu notamment de la grande variabilité des sources de polluants de l’air intérieur, et de la forte influence des comportements des occupants des locaux sur les niveaux de polluants de l’air intérieur. Toutefois, des travaux se développent, afin notamment de mieux comprendre et modéliser les transferts de polluants depuis l’air extérieur vers l’air intérieur.
Enfin, la surveillance des pollens fait l’objet de méthodes spécifiques.

 

5/ Où trouver les informations sur la qualité de l’air à Paris ?

Les informations concernant la qualité de l’air extérieur à Paris sont accessibles sur le site de l’association agréée de surveillance de la qualité de l’air en Ile-de-France (Airparif) http://www.airparif.asso.fr

Des informations concernant la qualité de l’air intérieur sont disponibles sur le site de l’Observatoire de la qualité de l’air intérieur (OQAI) http://www.oqai.fr/ModernHomePage.aspx

Les informations concernant le contenu pollinique de l’air extérieur à Paris sont disponibles sur le site du Réseau national de surveillance aérobiologique (RNSA) : https://www.pollens.fr/les-risques/risques-par-ville/40-zoom

Enfin, le site Paris.fr offre de nombreuses ressources sur ce sujet : https://www.paris.fr/air

 

6/ Quelles mesures faudrait-il prendre pour améliorer la situation ?

L’amélioration de la qualité de l’air, intérieur et extérieur, passe par la mise en œuvre simultanée de multiples actions, individuelles et collectives, locales ou plus globales.

Au niveau collectif, les actions peuvent être réglementaires (interdiction de certains types de carburant, fixation de normes d’aération des locaux, par exemple), elles peuvent aussi passer par la promotion d’aménagements urbains favorables à une réduction des émissions de polluants, et à une meilleure qualité de l’air intérieur (positionnement des logements par rapport aux grands axes de circulation, par exemple), ou encore la promotion des transports plus respectueux de la santé et de l’environnement, et en particulier les « mobilités actives » (marche, vélo…). 

Au niveau individuel, les choix que l’on effectue en tant qu’habitant de son logement et de sa ville vont influencer la qualité de l’air intérieur mais aussi extérieur.
A noter que nombre de ces actions sont susceptibles d’agir favorablement non seulement sur la « pollution de l’air », mais aussi sur les émissions de gaz à effet de serre, ainsi que sur la santé en général.

 

7/ Quels conseils aux Parisien.ne.s ?

Au niveau individuel, chacun peut agir :
Pour améliorer la qualité de l’air dans son logement, notamment en évitant les pratiques susceptibles d’entraîner l’émission de polluants (tabagisme, usage de bougies, encens, désodorisants d’intérieur, par exemple), et en veillant à une aération quotidienne.
Pour contribuer à la diminution des niveaux de pollution de l’air extérieur, lorsque cela est possible, le choix de mode de déplacements actifs, par exemple, permet de diminuer les émissions de polluants tout en pratiquant une activité physique dont les bénéfices pour la santé sont reconnus !

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Mots clefs : air, Pollution

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